Alstom, Siemens, l’Europe et la Chine | Radio RCF

Anne MACEY

Déléguée générale de Confrontations Europe

La Commission europĂ©enne a opposĂ© un veto au projet de crĂ©ation d’un champion europĂ©en du ferroviaire Ă  travers l’acquisition du Français Alstom par l’Allemand Siemens.  Pourtant, cette fusion avait le soutien de la France et de l’Allemagne
 Qu’est-ce qui est en jeu derriĂšre cette affaire ?

Ce qui est en jeu, c’est la rĂ©ponse Ă  apporter par l’Europe Ă  la montĂ©e Ă©conomique de la Chine.

Pour la Commission, « la concentration entre Siemens et Alstom aurait entraĂźnĂ© une hausse des prix pour les systĂšmes de signalisation et pour les futures gĂ©nĂ©rations de trains Ă  trĂšs grande vitesse ». Elle vise Ă  protĂ©ger des clients (type SNCF), des concurrents, des consommateurs. Heureusement que le droit de la concurrence existe : il joue plutĂŽt comme un stimulant. Mais l’Europe dont nous avons besoin est-elle d’abord une Europe des consommateurs, ou une Europe des citoyens europĂ©ens qui veulent avoir un avenir sur nos territoires dans le monde qui vient ?

En rĂ©alitĂ©, ce n’est pas la Commission europĂ©enne qui est en cause, mais l’absence de stratĂ©gie industrielle europĂ©enne claire : les consommateurs ne peuvent-ils pas payer un peu plus si cela se traduit par une puissance industrielle europĂ©enne pourvoyeuse d’emplois sur nos territoires et dans le monde ?

Une évolution du droit de la concurrence est-elle envisageable dans le contexte actuel?

Le contexte a profondĂ©ment changĂ©. Le marchĂ© pertinent aujourd’hui n’est-il pas le monde, non l’Europe ?L’horizon de temps ne devrait-il pas ĂȘtre la vue longue ? Le chinois CRCC, leader mondial du ferroviaire, n’est pas encore trĂšs prĂ©sent en Europe ; il y viendra. Et s’il conquiert le monde entier, nous EuropĂ©ens sĂ©parĂ©s entre Français d’un cĂŽtĂ©, Allemands de l’autre ne pĂšseront pas lourds. La Chine et son plan Made in China 2050 veut le leadership mondial de l’innovation. Nos rivaux s’appuient sur des subventions massives, une politique industrielle agressive, une protection sur leur marchĂ© domestique. Et puis, il y a eu une prise de conscience en Allemagne, avec le rachat du leader de la robotique, Kuka, par des Chinois. Des secteurs comme la dĂ©fense et l’énergie, mais aussi les producteurs automobiles, Siemens ou mĂȘme Deutsche Bank sont considĂ©rĂ©s comme stratĂ©giques.

La concurrence n’est pas une fin en soi, elle doit ĂȘtre mise au service d’une stratĂ©gie industrielle europĂ©enne. Il en va de l’indĂ©pendance stratĂ©gique de l’Europe. Construisons-lĂ  !

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