Accélérer la transition énergétique européenne

Par Eric Scotto

Président d’AKUO ENERGY

Akuo a été fondé sur une vision résolument optimiste de notre capacité, en tant que société, à opérer le changement nécessaire pour construire un avenir plus juste et inclusif, en prenant notre part dans la transition énergétique. Cela étant, force est de constater que les résultats se font attendre.

En France, nous avons déjà accumulé beau- coup de retard sur la Programmation annuelle de l’énergie – très ambitieuse, et je le salue – adoptée en 2020. Pour le combler, il faudrait multiplier par quatre la puissance raccordée annuellement sur la période 2021-2023, nous en sommes loin !

Les efforts portés par les gouvernements, par les citoyens, ou par les industriels comme Akuo, peuvent être accentués via deux leviers : la diversification des technologies renouvelables et la mobilisation de la finance verte.

Diversifier les espaces de déploiement des énergies renouvelables

Des solutions pour répondre à l’enjeu premier des renouvelables, l’accès au foncier, existent. Et elles sont européennes : en plus de faciliter l’accès aux renouvelables, ce sont des formidables leviers pour le dynamisme du tissu industriel européen.

Sur l’eau Le solaire flottant se déploie sur des plans d’eau artificiels. Nous valorisons les espaces délaissés, et transformons ce qui est souvent un coût pour la collectivité (entretien, sécurisation) en une ressource grâce aux énergies renouvelables. En France, le gisement est énorme, 10 GW, soit la moitié de l’ambition solaire de la PPE, pourrait être développée dans les années à venir.

Sur les toits Les tuiles solaires permettent la mutualisation des usages des espaces, puisque la toiture devient elle-même centrale solaire. La performance et la qualité esthétique de cette technologie lui assurent un fort potentiel dans des milieux urbains, qui permettrait d’optimiser l’usage du bâti, et d’accroître la production électrique renouvelable,  tout  en la rapprochant des zones de consommation.

Sur (et au service) des terres agricoles L’agrivoltaïsme, dont les procédés sont en constante innovation, valorise les synergies entre les transitions électriques et agricoles, les deux clefs de voute du développement économique et durable. Par leur double nature, ces projets représentent un gain important en ce qu’ils permettent d’installer ou de pérenniser, selon les situations, des activités agricoles cruciales pour l’économie locale.

Pour leur rôle dans la transition énergétique, et pour les services additionnels rendus aux citoyens et territoires, il est absolument urgent que ces technologies soient soutenues par les pouvoirs publics ! Ce sont eux qui ont la capacité de créer la profondeur de marché nécessaire à leur déploiement à grande échelle. Les guidelines pour les aides d’État, actuelle- ment en préparation par la Commission européenne, sont un élément de réponse essentiel à leur déploiement plein et entier dans les 27 États Membres.

Pour une taxonomie réellement verte

Indiscutablement, la finance est le nerf de la guerre pour l’émergence de nouveaux pro- jets. Depuis 15 ans, Akuo a mis en place ses propres outils pour instaurer la «finance verte» dans un monde de la finance et de la banque encore très peu sensible à ces nouveaux modèles. La taxonomie verte actuellement portée par la Commission européenne est une excellente nouvelle pour ce changement de paradigme : elle définira les critères permettant de qualifier les « investissements verts» selon six objectifs: atténuation du changement climatique, adaptation au changement climatique, utilisation durable et protection de l’eau et des ressources marines, transition vers une économie circulaire, prévention et recyclage des déchets, prévention et réduction de la pollution, protection des écosystèmes sains.

Alors que la copie originale de la Com- mission européenne semblait prendre une position résolument progressiste, il semble que le lobby nucléaire et gazier ait eu raison de cette ambition.

Les nouveaux critères, parus dans la presse le 22 mars dernier, revoient les ambitions à la baisse. Manquer d’exigence revient inéluctablement à s’engager vers un mécanisme in- complet, servant la communication plus que l’impact réel. Nous n’avons pas encore tourné la page du « greenwashing ».

Je souhaite que les eurodéputés puissent s’emparer du sujet lors du débat prévu fin avril au Parlement européen et donner aux générations des instruments qui permettent réellement la construction d’un monde nouveau.

 

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