L’Italie, homme malade de l’Europe | Radio RCF

Edouard SIMON

Directeur du Bureau de Bruxelles, Confrontations Europe

​La tension est montĂ©e d’un cran cette semaine entre l’Italie et la Commission europĂ©enne, et plus largement au sein de la zone euro.

Certes, le moment politique est moins « chaud » que lorsque la Commission avait rejetĂ© le premier budget du Gouvernement Conte six mois avant les EuropĂ©ennes. Mais, en proposant d’ouvrir une procĂ©dure de dĂ©ficit excessif Ă  l’encontre de la pĂ©ninsule italienne, la Commission confirme le dĂ©saccord croissant entre le gouvernement formĂ© par le Mouvement Cinq Ă©toiles populiste et la Lega d’extrĂȘme-droite et le reste de la zone euro.

Il faut dire que le niveau de la dette italienne atteint des niveaux difficilement soutenables. Avec une dette ayant progressĂ© pour reprĂ©senter plus de 130% du PIB, l’Italie est le second pays avec le taux d’endettement le plus Ă©levĂ© de la zone euro. DerriĂšre la GrĂšce. Pour rappel, les rĂšgles europĂ©ennes imposent de contenir ce taux d’endettement Ă  un niveau infĂ©rieur Ă  60%. Et, le pays continue de s’endetter, puisque le dĂ©ficit structurel devrait continuer de s’aggraver alors qu’il aurait dĂ» se rĂ©sorber. La faute aux coĂ»teuses mesures sociales (le revenu de citoyennetĂ© promis par le M5S) et fiscales (les baisses d’impĂŽts promises par la Lega) de la coalition.

MAIS CES PROBLÈMES SONT-ILS SÉRIEUX OU LA SITUATION VA-T-ELLE FINALEMENT SE RÉGLER ET LE GOUVERNEMENT ITALIEN RENTRER DANS LE RANG COMME À L’HIVER DERNIER ?

C’est une trĂšs bonne question. A court terme, il existe des signaux positifs. Le premier ministre Giuseppe Conte, qui n’appartient Ă  aucun des deux partis, et le ministre des Finances, Giovanni Tria adoptent des postures conciliantes envers la Commission et les partenaires europĂ©ens de l’Italie ; Ă  l’opposĂ© des dĂ©clarations outranciĂšres d’un Matteo Salvini. Et, le Commissaire Moscovici a signifiĂ© que sa porte restait ouverte
 laissant entendre qu’une solution nĂ©gociĂ©e Ă©tait la solution prĂ©fĂ©rĂ©e des autoritĂ©s europĂ©ennes.

Pour autant, Ă  moyen et long-terme, il existe de vĂ©ritables signaux d’alerte. La stratĂ©gie de tension du gouvernement italien, et de la Lega en particulier en est un. Le projet de monnaie complĂ©mentaire Ă  l’Euro (les mini-bots) qui pourrait voir le jour est interprĂ©tĂ© par certains comme le premier pas d’une sortie de l’Italie de l’Euro. Mais, au-delĂ , le signal le plus prĂ©occupant est que les fondamentaux de l’économie italienne ne sont pas bons. Cela fait plusieurs annĂ©es que la croissance de l’Italie est faible. Et, elle ralentit. Les entreprises ont perdu en compĂ©titivitĂ©, y compris dans le Nord du pays, et rien ne semble annoncer un rebond. Or, si la machine Ă©conomique ne redĂ©marre pas nulle chance que la situation s’amĂ©liore. Et, c’est lĂ  le drame de l’Italie.

Pour sortir de l’orniĂšre dans laquelle elle est, l’Italie a besoin d’investir dans son avenir, dans la modernisation de son industrie, dans la formation de ses hommes et de ses femmes. Or, avec un taux d’endettement si important, l’Italie a besoin de la solidaritĂ© de ses partenaires europĂ©ens et que l’Union construise et mette en Ɠuvre une vĂ©ritable stratĂ©gie d’investissement pour favoriser de nouveaux modes de dĂ©veloppements.

Mais, pour cela, le face Ă  face est stĂ©rile. L’Italie et l’Europe vont devoir faire des pas l’un vers l’autre. Ce qui est moins confortable que l’affrontement plus ou moins frontal.

Derniers articles

Articles liés

Leave a reply

S'il vous plaĂźt entrez votre commentaire!
S'il vous plaĂźt entrez votre nom ici