Date / Heure
22/06/2026
18 h 30 min - 20 h 30 min
Le 22 juin dernier, Confrontations Europe organisait à Nevers, en partenariat avec Nevers Agglomération, une rencontre participative consacrée à l’accès à une alimentation de qualité pour toutes et tous dans l’Union européenne. Cette étape du cycle de débats en régions, soutenus par la Commission européenne et la Fédération française des banques alimentaires, a réuni élus locaux, responsables associatifs, acteurs européens et citoyens autour d’une question devenue centrale : comment garantir le droit à l’alimentation pour toutes et tous dans un contexte de fragilisation sociale et d’incertitudes budgétaires européennes ?
Une question sociale autant qu’alimentaire
Dès l’ouverture des échanges, introduits par Fabrice Berger, maire de Challuy et vice-président de Nevers Agglomération, les intervenants ont rappelé que l’alimentation ne peut être réduite à une simple question de distribution de denrées. Elle touche à la santé, à la dignité, à l’intégration sociale, à l’emploi, à l’aménagement des territoires et à la cohésion des sociétés européennes.
Autour de la table ronde animée par Corinne Cherqui, secrétaire générale de Confrontations Europe, étaient réunis :
- Denis Thuriot, maire de Nevers et président de Nevers Agglomération ;
- Bernard Valluis, président de la Fédération européenne des banques alimentaires ;
- Christian Primevert, président des Restos du Cœur de la Nièvre ;
- ainsi qu’un message vidéo d’Éric Sargiacomo, député européen, apportant l’éclairage du Parlement européen sur les négociations en cours.
Les discussions ont rapidement mis en évidence une réalité préoccupante : de plus en plus de personnes recourent à l’aide alimentaire, y compris des publics qui en étaient auparavant éloignés. Étudiants, familles monoparentales, personnes âgées isolées ou travailleurs précaires sont désormais nombreux à solliciter les associations de solidarité.
Lutter contre la précarité mais aussi contre l’isolement
L’un des enseignements marquants de la rencontre a été le rôle essentiel joué par les associations dans la création de lien social. Les intervenants ont souligné que les personnes qui franchissent la porte d’une banque alimentaire ou d’un centre des Restos du Cœur ne viennent pas seulement chercher de quoi se nourrir : elles viennent aussi rompre l’isolement et retrouver un espace d’échange et de confiance. Les ateliers cuisine, les jardins solidaires, les activités collectives et l’accompagnement proposé par les bénévoles contribuent ainsi à recréer du lien dans des situations souvent marquées par la solitude. Les Restos du Cœur ont notamment rappelé que la grande majorité des personnes accueillies déclarent se sentir moins isolées après avoir fréquenté leurs centres d’activité, et qu’une part significative des bénévoles sont eux-mêmes d’anciens bénéficiaires devenus acteurs de la solidarité.
L’Europe face au risque d’un recul de la solidarité alimentaire
La question du financement européen a occupé une place importante dans les débats. Bernard Valluis et les représentants associatifs ont alerté sur les conséquences possibles de la réforme du Fonds social européen plus (FSE+), qui finance aujourd’hui une part importante de l’aide alimentaire dans plusieurs États membres. Le principal sujet d’inquiétude concerne la disparition de l’obligation pour les États de consacrer une part minimale de ces financements à l’aide alimentaire et matérielle. Les associations redoutent qu’une intégration de ces crédits dans des enveloppes budgétaires plus larges ne conduise certains pays à réduire fortement leur engagement dans ce domaine.
Un enjeu majeur pour les associations européennes
Les intervenants ont rappelé que l’aide alimentaire européenne représente environ un quart des approvisionnements distribués en France par les grandes associations de solidarité. Autrement dit, une réduction importante de ces financements pourrait avoir des conséquences très concrètes sur la capacité des structures à répondre aux besoins croissants des populations les plus fragiles. Dans ce contexte, les acteurs français de l’aide alimentaire – Restos du Cœur, Banques alimentaires, Croix-Rouge et Secours populaire,… – se mobilisent conjointement et dans un esprit de coopération qu’il est important de souligner, pour défendre le maintien d’une politique européenne forte en matière de solidarité alimentaire.
Des solutions territoriales à développer
La rencontre a également permis d’aborder les initiatives locales qui peuvent compléter les dispositifs européens. Plusieurs participants ont évoqué l’intérêt des jardins d’insertion, des partenariats avec les agriculteurs, des projets alimentaires territoriaux et des circuits de dons agricoles. Les échanges ont montré que ces solutions existent déjà sur le terrain, mais qu’elles nécessitent elles aussi des moyens humains, logistiques et financiers pour se développer durablement. La collecte, le transport, le stockage et parfois la transformation des produits agricoles demandent une organisation importante que les bénévoles ne peuvent assurer seuls. L’exemple des dons de légumes évoqué durant le débat a illustré à la fois le potentiel considérable de ces coopérations et les défis très concrets liés à la logistique, à la conservation et à la redistribution des denrées.
L’engagement des bénévoles, moteur de la solidarité
Au fil des interventions, un thème est revenu avec force : le rôle irremplaçable des bénévoles. Qu’il s’agisse des Banques alimentaires, des Restos du Cœur, de la Croix-Rouge ou des nombreuses associations locales présentes à Nevers, ce sont des milliers de personnes qui consacrent chaque semaine du temps pour accueillir, écouter, distribuer, accompagner et soutenir les plus fragiles. Les intervenants ont insisté sur cette dimension humaine de l’engagement : derrière les politiques publiques et les financements européens, ce sont des femmes et des hommes qui, localement, rendent possible l’accès à l’alimentation et participent à la cohésion des territoires.
Une mobilisation collective nécessaire
En conclusion, cette rencontre de Nevers a montré que l’accès à une alimentation de qualité constitue bien un enjeu européen majeur. Face à la montée de la précarité, aux risques de réduction des financements et aux défis de la cohésion sociale, les participants ont plaidé pour une approche globale associant politiques européennes, initiatives territoriales, monde agricole, associations et citoyens. Comme l’ont souligné les différents intervenants, garantir à chacun une alimentation digne ne relève pas seulement de la solidarité d’urgence : c’est une condition essentielle de la cohésion sociale, de la dignité humaine et de l’avenir du projet européen. À travers ce débat participatif, Confrontations Europe a souhaité contribuer à faire entendre cette exigence dans les discussions en cours sur le futur budget de l’Union européenne et sur les politiques qui façonneront l’Europe des prochaines années.












