Des raisons d’y croire

Marcel GRIGNARD

Président de Confrontations Europe

L’annĂ©e 2018 devra ĂȘtre entiĂšrement dĂ©diĂ©e Ă  l’indispensable refondation de l’Union europĂ©enne. C’est possible : aprĂšs les Ă©lections en Italie, la mise en place d’un gouvernement en Allemagne, les pays de l’Union disposeront de quelques mois pour parvenir Ă  trouver un accord sur les quelques perspectives communes proposĂ©es en particulier par la Commission europĂ©enne et le prĂ©sident de la RĂ©publique française. Les principaux sujets Ă  l’agenda sont connus, nous les abordons dans la revue. Cependant, faire de 2018 une annĂ©e de rebond proposant de mettre l’Union europĂ©enne sur une nouvelle trajectoire en amont des dĂ©bats des Ă©lections europĂ©ennes de 2019 n’est pas acquis.

La meilleure conjoncture Ă©conomique n’efface pas les problĂšmes structurels liĂ©s aux crises profondes qui traversent l’Union. En tĂ©moignent les Ă©lections en Autriche et la composition d’un gouvernement avec une composante clairement hostile aux valeurs europĂ©ennes. Le scrutin de fin dĂ©cembre en Catalogne a confirmĂ© la fracture au sein du territoire sans rĂ©gler le conflit avec Madrid. Aux tensions que connaissent les États membres sur leur propre sol national se superposent les divisions entre eux au sein de l’Union.

Le propos de Tomasz Grzegorz Grosse qui dans cette revue exprime un point de vue polonais est Ă©clairant. Pour lui, l’attitude des dirigeants europĂ©ens vis-Ă -vis de son pays aurait pour objectif de pousser la Pologne vers la sortie de l’UE. Nous ne partageons pas son point de vue. Mais il est rĂ©vĂ©lateur du niveau trĂšs prĂ©occupant des incomprĂ©hensions au sein de l’Europe. Nous avons quelques dĂ©saccords quant Ă  la maniĂšre dont les dirigeants europĂ©ens prĂ©tendent gĂ©rer la relation avec ce pays mais, Ă  l’instar de nombreux Polonais, nous jugeons les positions du gouvernement polonais dangereuses pour le pays et pour l’Europe. Il va bien falloir trouver un compromis conforme aux valeurs de l’Union et n’ignorant ni les intĂ©rĂȘts particuliers de la Pologne, ni ceux de l’ensemble des EuropĂ©ens. Faute de quoi l’éclatement que nous craignons finira par se produire et, par ailleurs, l’ampleur des problĂšmes Ă  traiter ne laisse pas d’espace Ă  l’attentisme.

En 2018, les dirigeants europĂ©ens devront poursuivre la difficile nĂ©gociation du Brexit. Ils n’ont pas d’autre choix que d’ériger la consolidation de l’Union des 27 en haut de leur agenda. C’est une condition incontournable Ă  la construction de futurs compromis europĂ©ens.

Nos inquiĂ©tudes liĂ©es Ă  cet Ă©tat des lieux prĂ©occupant laissent nĂ©anmoins place Ă  l’optimisme. Les progrĂšs en 2018 seront trĂšs probablement modestes au regard des enjeux et de nos attentes, mais ils peuvent nous mettre sur la trajectoire d’un nouveau mode de dĂ©veloppement rĂ©pondant mieux aux besoins des EuropĂ©ens et des citoyens du monde. Les dirigeants europĂ©ens se doivent d’actualiser et de complĂ©ter la dĂ©finition de « l’économie sociale de marché » du TraitĂ© de Lisbonne et, surtout la dĂ©cliner dans des actes.

2018 ne sera pas une annĂ©e facile, mais ĂȘtre lucide sur les difficultĂ©s a pour objet de chercher les moyens de les surmonter. SociĂ©tĂ© civile et responsables politiques doivent saisir toutes les opportunitĂ©s pour franchir quelques pas.

Pour trouver un regain d’optimisme, il faut lire le dernier essai de Michel Serres (1). Il nous dit en substance que si le monde est confrontĂ© Ă  des problĂšmes redoutables, il ne faut pas occulter les progrĂšs rĂ©alisĂ©s. Non, le monde n’était pas mieux avant. Oui, la bontĂ© habite la majoritĂ© des ĂȘtres humains.

1) C’était mieux avant !, Éditions Le Pommier, 2017.

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