Le cinéma Européen à l’honneur !

Irena BILIC

Déléguée générale du festival « l’Europe autour de l’Europe »

« L’Europe autour de l’Europe », festival de films européens de Paris et de l’Île-de-France a, depuis 13 ans, présenté plus de 1 000 films de la Grande Europe, c’est-à-dire de 47 pays membres du Conseil de l’Europe. Ce festival a ainsi mis en lumière l’art cinématographique de la périphérie de l’Europe de front avec le cinéma de grands pays producteurs de films.

Les Oscars ont un pendant européen : les « Felix ». C’est en 1988 qu’a été remis le premier « Felix », un prix récompensant le meilleur film européen. La cérémonie organisée à ­Berlin-Ouest par Volker Hassemer, ambitieux et efficace député de Berlin pour la Culture, sacrera le film de Krzysztof Kieslowski, Tu ne tueras point. À l’époque le contexte politique était très tendu : l’Europe était divisée, l’effondrement d’une ancienne dictature était en cours, les guerres des Balkans allaient surgir… Mais l’impulsion est donnée. Quarante grands cinéastes venus de toute l’Europe, parmi lesquels Ingmar Bergman, Istvan Szabo, Wim Wenders, Krzystof Zanussi, Henning Carlsen, réunis pour l’occasion, initient l’idée d’une « société européenne du cinéma ». Ces rencontres berlinoises signent la création de l’Académie européenne du cinéma (European Film Academy). Ingmar Bergman, le réalisateur suédois en est le premier président. Les objectifs principaux de l’Académie sont la promotion et la défense des intérêts du cinéma européen. Elle célébrera l’excellence et la diversité du cinéma européen. Elle cherchera à élargir et à diversifier le public, à attirer l’attention sur les nouveaux talents et à atteindre le public international.

Elle a surtout été un signal puissant de l’espoir européen et de la confiance en son potentiel. Sa charge symbolique est énorme.

Le prix de l’Académie récompensa dans les années 1990 des films aussi prestigieux que Land and Freedom du Britannique Ken Loach, ou Breaking the Waves du Danois Lars Von Trier en 1996. Tout sur ma mère de Pedro Almodovar ou encore, en 2001, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ou Gommora (Gomorrah) de Matteo Garrone en 2008 et Youth de Paolo Sorrentino en 2015.

Trente ans après, les élections européennes de 2019 approchent dans un contexte différent mais toujours complexe, difficile, tendu. Le Brexit scelle une faille aux conséquences encore incertaines, les populismes semblent trouver du souffle partout en Europe, l’enjeu migratoire divise les Européens voire les tétanise… Il semblerait que le temps s’accélère et que nous régressons. Nous sentons que des idées, de nouvelles entreprises, de nouveaux souffles sont nécessaires pour l’Europe. Qu’au moment de sa plus grande faiblesse l’Europe pourrait retrouver son chemin.

C’est de l’amour et du respect de l’Europe qu’est née l’Académie, tout comme le festival ­« L’Europe autour de l’Europe » et tant d’autres projets. Il est peut-être temps de créer La Maison du cinéma européen contemporain, une sœur de l’Académie, de la Cinémathèque et de la Maison de la photographie européenne qui défendrait les intérêts de la nouvelle création cinématographique européenne encore différemment. Non pas une maison virtuelle mais un lieu permanent de rencontres entre cinéastes européens, professionnels du cinéma, historiens et critiques de cinéma dotée d’une banque de données par pays où l’on pourrait rencontrer son futur producteur, distributeur, trouver des informations, des sous-titres, obtenir un soutien. Un lieu concret qui pourtant comprend et se sert de nouvelles technologies, des bienfaits du paradis virtuel que représente désormais notre monde à tous. Un lieu où l’on pourrait apprendre par les films qui sont nos voisins européens car c’est à travers les œuvres cinématographiques que le caractère européen multiple est le plus perceptible.

Autre donnée intéressante, le nombre significativement croissant de films coproduits en Europe depuis 1990 qui dément le postulat traditionnellement admis selon lequel une œuvre d’art « authentique » serait inéluctablement enracinée dans une et une seule tradition nationale. Au contraire, les nouveaux films font appel, s’inspirent, interpellent plusieurs traditions nationales européennes, son fond spirituel, artistique, phi­losophique, sa littérature, sa peinture et sa musique. La vitalité du cinéma européen est une certitude…

Alors que les tensions sont croissantes en Europe, le cinéma s’apparente à une passerelle entre les peuples. Comme le dit si justement le réalisateur grec Menelaos Karamaghiolis à propos de sa société de production : « La compagnie cherche les sujets qui dépassent les frontières et les stéréotypes, les héros que la vraie vie néglige. En produisant des films de fictions, des documentaires, de l’art vidéo et des essais radiophoniques, notre but est de mettre en lumière les histoires qui peuvent servir d’outil essentiel pour le dialogue et le changement social ».

La 14e édition du festival « L’Europe autour de l’Europe », qui se tient à Paris et en Île-de-France du 14 au 31 mars, entend être ce lieu d’effervescence de la création européenne.

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