Réfugiés: une triple crise

Clotilde WARIN et Anne MACEY

Confrontations Europe

C’est une crise migratoire historique. Jamais, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, l’Europe n’a connu un tel afflux de réfugiés – plus d’1 million en 2015. Une crise de solidarité aussi puisque les États membres de l’Union n’ont toujours pas réussi à s’entendre, et que certains pays entendent ériger des murs à leurs frontières (Hongrie, Pologne, Autriche…). Enfin, une crise existentielle : la crise des réfugiés met à mal notre culture des frontières ouvertes sur les autres, et notre capacité à relever en commun les défis.
Dans les faits, l’Europe n’a pas su proposer de solution commune et encore moins d’action commune au conflit syrien. Pour tenter de maîtriser l’afflux des réfugiés, l’UE a, en mars, signé un accord avec la Turquie qui revient à déléguer à ce pays ce que les Etats membres n’ont pas réussi à régler. On peut y voir un premier pas mais cette démarche doit être confortée par une vision géostratégique d’ensemble : la Turquie pourrait être considérée comme « Etat associé », pour reprendre les termes de Philippe Herzog, mais, dans le même temps, devrait assumer toutes les responsabilités qui y sont associées.
Cette crise, qui dévoile de si profondes détresses humaines, devrait conduire l’Europe à un sursaut coordonné, et avant tout humain.

Nos recommandations

  1. Assurer un contrôle efficace aux frontières extérieures de l’espace Schengen en combinant durablement les moyens humains et financiers des agences européennes et des Etats membres. Il convient de remédier à l’absence de pilotage stratégique des différentes agences (Frontex en charge de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres ; EASO bureau responsable de l’appui en matière d’asile ; Europol, l’office européen de police permettant de lutter contre la criminalité internationale et le terrorisme) qui ne peuvent être coordonnées par le seul Conseil « Justice et Affaires intérieures » (JAI) composé des Ministres de la Justice et de l’Intérieur des Etats membres.
  2. Communautariser les procédures d’évaluation des demandeurs d’asile ou a minima les standardiser. En pratique, ce processus pourrait être assuré par l’agence de soutien aux demandeurs d’asile, EASO, dont les moyens financiers et humains seraient renforcés.
  3. Garantir une répartition plus équitable des réfugiés entre Etats membres. La répartition des 160 000 réfugiés (de Grèce et d’Italie) sur laquelle les Etats membres s’étaient mis d’accord s’est soldée, dans sa mise en œuvre, comme un échec retentissant. Il n’est ni viable, ni acceptable de faire peser sur les pays de « première entrée » (Grèce, Italie) ou sur quelques pays au Nord (Allemagne, Suède, Danemark…) l’essentiel de l’accueil des migrants. Il faudrait opter pour un système de solidarité plus ambitieux fondé sur une clef de répartition reposant sur des critères objectifs définis par pays : nombre d’habitants, richesse nationale, taux de chômage, densité de population… Les pays, refusant d’accueillir les réfugiés, contribuent à l’effort financier collectif.
  4. Favoriser l’intégration des nouveaux arrivants et de leurs enfants. Les associations d’aide aux nouveaux arrivants sont formelles : l’accent doit être mis en priorité sur l’apprentissage de la langue et ensuite sur l’éducation, la formation, la reconnaissance des qualifications, et l’accompagnement sur le marché du travail. Dans un contexte où certains n’aimeraient accueillir que des réfugiés chrétiens, il importe d’engager un dialogue avec les réfugiés dans les pays d’accueil sur les questions de respect de la démocratie, de droits de l’homme, de droits des femmes et des règles culturelles propres aux pays d’accueil.
  5. S’attaquer aux causes profondes des crises. Il s’agit de développer ensemble une approche commune avec le voisinage Sud de l’Union en s’attaquant aux réseaux de passeurs et en évitant que des demandeurs d’asile ne prennent la mer ne trouvant pas d’accueil décent dans les pays de la rive Sud de la Méditerranée. Pour prendre le problème à la racine, l’Union devrait s’impliquer, en parlant d’une seule voix, dans le processus de paix en Syrie et revoir sa politique en matière de défense et de sécurité afin de stabiliser la région et de contribuer à son développement économique.

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