Stabiliser la zone euro

Reimer BÖGE

Député européen, groupe du Parti populaire européen

Nouveau PrĂ©sident en France. Changement de cap en Allemagne puisque la ChanceliĂšre Angela Merkel s’est dite prĂȘte Ă  modifier les traitĂ©s aprĂšs le respect de conditions spĂ©cifiques. De nouvelles nĂ©gociations des traitĂ©s europĂ©ens prennent parfois beaucoup de temps. Ces nĂ©gociations ne doivent pas remplacer l’action politique pratique.

Lors de sa premiĂšre visite Ă  Berlin, le nouveau prĂ©sident français Emmanuel Macron a rappelĂ© qu’il Ă©tait disposĂ© Ă  rĂ©former la zone euro, et Ă  relancer l’économie française et europĂ©enne. La chanceliĂšre allemande Angela Merkel a admis que l’Allemagne pourrait s’engager dans des rĂ©formes et, dans un second temps, modifier les traitĂ©s « si cela fait sens ». Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, donc, la porte est ouverte au renforcement et Ă  la rĂ©forme de la zone euro, et c’est lĂ  une occasion qu’il faut absolument saisir.
Sur la scĂšne internationale, les incertitudes se multiplient. Dans le climat politique actuel et face aux enjeux politiques d’un monde globalisĂ©, il est indispensable que l’Union europĂ©enne adopte des dĂ©cisions et des mesures cohĂ©rentes et dĂ©terminĂ©es dans certains domaines, comme la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure et extĂ©rieure, la protection des frontiĂšres et la politique migratoire, la stabilisation de son voisinage, la croissance et l’emploi, en particulier la lutte contre le chĂŽmage des jeunes, et la mise en Ɠuvre de l’Accord de Paris de 2015 afin de lutter contre le changement climatique.

Capacité budgétaire pour la zone euro

Nos citoyens s’attendent Ă  ce que nous relevions ces dĂ©fis, et c’est tout Ă  fait justifiĂ©. La crise financiĂšre de 2007 a montrĂ© que nous vivons dans un « village planĂ©taire », oĂč tout est interconnectĂ©. Nous devons donc garder Ă  l’esprit qu’une autre crise peut survenir. Pour l’éviter, nous n’avons pas d’autre choix que de renforcer l’Union europĂ©enne, et en particulier la zone euro. La sĂ©curitĂ© financiĂšre et Ă©conomique en est un Ă©lĂ©ment crucial.
AprĂšs le succĂšs initial de l’euro, il est nĂ©cessaire d’aller plus loin en matiĂšre d’intĂ©gration monĂ©taire. Je suis convaincu que, dans ce contexte, si certains pays ne souhaitent pas plus d’intĂ©gration, ils ne devraient pas ĂȘtre autorisĂ©s Ă  ralentir le processus qui nous est nĂ©cessaire. En ce sens, l’intĂ©gration europĂ©enne Ă  plusieurs vitesses pourrait bien ĂȘtre la solution. Le cƓur de l’Union europĂ©enne ne devrait pas ĂȘtre menacĂ© par ce qui l’entoure.
À l’occasion du 60e anniversaire du TraitĂ© de Rome, le Parlement europĂ©en, rĂ©uni Ă  Strasbourg, a adoptĂ© le rapport Böge/BerĂšs sur la capacitĂ© budgĂ©taire de la zone euro. Le rapport revient, en particulier, sur plusieurs mesures permettant une stabilisation de la zone euro. Nous avons proposĂ© de nommer un ministre des Finances europĂ©en, muni d’un dĂ©parÂŹtement instituĂ© au sein de la Commission europĂ©enne, entiĂšrement responsable dĂ©mocratiquement, et qui devra ĂȘtre dotĂ© de tous les moyens nĂ©cessaires pour appliquer et faire respecter le cadre de la gouvernance Ă©conomique et optimiser la marche de la zone euro en collaboration avec les ministres des Finances des États membres de la zone euro.
Le MĂ©canisme europĂ©en de stabilitĂ© (MES) devrait ĂȘtre transformĂ© en un Fonds monĂ©taire europĂ©en (FME) semblable au Fonds monĂ©taire international (FMI), dotĂ© de capacitĂ©s budgĂ©taires suffisantes pour aider les pays en crise. Compte tenu de la forte intĂ©gration des États membres de la zone euro, il est impossible d’écarter entiĂšrement les chocs asymĂ©triques pouvant retentir sur la stabilitĂ© de la zone euro dans son ensemble, quels que soient les efforts fournis en matiĂšre de coordination politique, de convergence et de rĂ©formes structurelles durables. Il convient de complĂ©ter la stabilisation assurĂ©e grĂące au MES/FME par l’instauration de mĂ©canismes automatiques d’absorption des chocs. La stabilisation doit rĂ©compenser les bonnes pratiques et Ă©viter l’alĂ©a moral. Ce ÂŹsystĂšme doit ĂȘtre dotĂ© de rĂšgles claires concernant les dĂ©lais des versements et remboursements Ă©ventuels. Son volume et ses mĂ©canismes de financement doivent ĂȘtre prĂ©cisĂ©ment dĂ©finis, et il doit ĂȘtre neutre sur le plan budgĂ©taire sur un cycle de longue durĂ©e. Il faut Ă©galement que la capacitĂ© budgĂ©taire puisse ĂȘtre Ă©tendue Ă  des pays qui ne font pas partie de la zone euro.
La France semble rĂ©ticente au transfert de souverainetĂ©, et l’Allemagne au partage des risques : le dĂ©fi consiste donc Ă  concilier ces deux approches…

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