Par :
– Hester Klein Lankhorst, CEO de Verpact, Pays-Bas
– Jean Hornain, Directeur général de CITEO, France
– Julien Dubourg, Président exécutif de CITEO Pro
– Francis Huysman, Directeur général de Fost Plus et de Valipac, Belgique
– Claude Turping, Directeur de Valorlux, Luxembourg
En 2025, la Commission européenne a lancé un agenda ambitieux de simplification. Cette initiative intervient dans un contexte de pressions croissantes sur l’Union : fragmentation du marché unique, intensification des dynamiques géopolitiques de puissance et besoin accru d’autonomie stratégique. Comme l’a récemment souligné le Commissaire Stéphane Séjourné, l’Europe entre dans « une nouvelle ère », dans laquelle elle doit à la fois consolider son marché intérieur et renforcer ses frontières extérieures pour protéger ses intérêts.
Dans ce contexte, les secteurs liés à l’économie circulaire et à la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) sont directement concernés. La stratégie pour le marché unique, le règlement sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR) et le futur Acte sur l’Économie Circulaire placent ces écosystèmes au cœur des discussions politiques.
La REP : un pilier historique de performance économique et environnementale
La Responsabilité Élargie du Producteur constitue un modèle unique. Initiée dans les années 1990 en Allemagne et en France, elle s’est étendue à de nombreux pays en Europe et au-delà, ainsi qu’à des secteurs variés tels que les emballages, les textiles, l’électronique, etc. Fondé sur un principe simple — demander aux producteurs d’assumer la responsabilité de la fin de vie de leurs produits — le modèle de REP a permis, pendant des décennies, le développement de systèmes efficaces de gestion des déchets et de recyclage à travers l’Europe.
Les producteurs allouent des financements de manière stratégique pour atteindre des objectifs précis de recyclage, garantissant ainsi que les ressources sont dirigées vers des initiatives réellement performantes.
Au fil des années, le modèle de REP s’est continuellement adapté pour répondre aux évolutions de l’industrie et des modes de consommation, atteindre les objectifs réglementaires et accompagner ses clients et parties prenantes. La REP a conduit à la mise en place de systèmes de recyclage modernisés et de dispositifs de collecte optimisés, facilitant le geste de tri pour les consommateurs. Les décisions prises par les éco-organismes privilégient l’efficacité et l’innovation, stimulant l’amélioration constante des processus de recyclage.
Les éco-organismes sont des moteurs de transformation, capables d’orienter la transition vers une gestion des ressources plus durable et plus efficiente. S’agissant des emballages en particulier, le modèle s’articule autour de trois actions désormais essentielles : réduire, réemployer, recycler. L’objectif est clair : diminuer l’impact environnemental tout en garantissant l’efficacité économique d’un système qui mobilise producteurs, collectivités locales, opérateurs et citoyens. Pourtant, ce modèle fait l’objet de remises en question croissantes — non pas dans ses principes fondamentaux, dont l’efficacité est démontrée, mais dans sa capacité à évoluer face aux enjeux contemporains : nouvelles obligations déclaratives, augmentation des flux de déchets, besoin accru d’harmonisation, pressions sur les coûts, et attentes grandissantes en matière de transparence et de résultats tangibles.
Un cadre européen en transition : harmoniser, simplifier, digitaliser
La Commission européenne a clairement affirmé son ambition : moderniser le cadre dans lequel opèrent les systèmes de REP. Le futur Acte sur l’Économie Circulaire, que la Commission présentera au second semestre 2026, devrait s’articuler autour de deux piliers :
– la Responsabilité Élargie du Producteur (REP),
– le marché intérieur des matières premières secondaires.
L’objectif de la Commission est de renforcer le marché unique des matières premières secondaires, d’accroître l’offre de matériaux recyclés de haute qualité et de stimuler la demande de ces matériaux au sein de l’UE. Elle vise également à simplifier, harmoniser et digitaliser la REP dans l’ensemble de l’Union.
Dans la stratégie pour le marché unique publiée en 2025, la REP est identifiée comme l’un des obstacles au bon fonctionnement du marché unique en raison de sa fragmentation. Le futur Acte sur l’Économie Circulaire illustre cette volonté de réforme structurelle. En tant qu’éco-organismes, nous soutenons pleinement cette orientation — à condition qu’elle ne soit pas assimilée à une dérégulation.
Les cadres européens existants — tels que la directive sur les plastiques à usage unique (SUPD), la directive cadre sur les déchets (WFD) et le règlement sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR) — ont précisément été conçus pour offrir aux entreprises un environnement réglementaire clair et stable. Cette clarté est essentielle pour garantir une visibilité de long terme, permettant aux acteurs économiques d’investir en confiance et de prendre des décisions stratégiques.
Cette clarté est essentielle pour garantir une visibilité de long terme, permettant aux acteurs économiques d’investir en confiance et de prendre des décisions stratégiques.
À l’inverse, le manque de cohérence entre des textes différents, des modifications fréquentes des règles, comme des omnibus répétés ou des reports successifs d’actes de législation secondaire, ainsi qu’une application différenciée des législations par les États membres, peuvent générer de l’incertitude et freiner les acteurs économiques. En ce sens, la simplification ne doit pas être interprétée comme un démantèlement du cadre existant, mais comme un moyen de le rendre plus lisible, plus cohérent et plus efficace.
La REP est un système fondé sur un juste équilibre: dans des conditions optimales, elle est à but non lucratif, mandatée par les producteurs, et conçue pour atteindre à la fois des performances économiques et environnementales. Des objectifs environnementaux ambitieux sont au cœur même de la mission de la REP.
La nécessité d’adapter le modèle est désormais indéniable, et trois priorités font l’objet d’un large consensus :
– La simplification des obligations de reporting, afin de réduire des charges administratives excessives ;
– L’harmonisation, pour éviter que les divergences nationales ne fragmentent davantage le marché unique ;
– La digitalisation, en particulier du reporting, afin d’améliorer la qualité des données, la transparence et l’efficacité globale du système.
Le PPWR ouvre clairement la voie à ces transformations. Il ne se contente pas d’établir des objectifs ambitieux sur les « 3R » pour tous les emballages :
– atteindre une réduction des déchets d’emballages de 5% d’ici 2030, 10% d’ici 2035 et 15% d’ici 2040 ;
– introduire des objectifs de réemploi, par exemple 10% de réemploi pour les emballages de boissons vendus d’ici 2030 ;
– fixer des cibles de recyclage, soit 70% pour tous les matériaux et 55% pour les plastiques en 2030.
Il établit également des exigences d’harmonisation des données de reporting pour la REP ainsi que des principes d’éco-modulation basés notamment sur la recyclabilité.
De nombreux partenariats nationaux et transfrontaliers travaillent déjà de manière proactive sur ces enjeux. C’est pourquoi nous, éco-organismes de Belgique, de France, du Luxembourg et des Pays-Bas, avons choisi d’unir nos forces — afin de mieux servir nos partenaires respectifs, dont beaucoup opèrent sur plusieurs de ces marchés. Notre objectif est de collaborer plus étroitement pour mieux accompagner nos partenaires dans leurs stratégies 3R (réduction, réemploi et recyclage), dans un contexte européen ambitieux pour notre secteur.
Quels sont les avantages de cette coopération pour nos clients/producteurs communs ?
– Une meilleure anticipation et une simplification des obligations de déclaration. Nous travaillons ensemble à définir un modèle de données commun et à faciliter les déclarations de nos partenaires, en les rendant plus simples et plus cohérentes d’un pays à l’autre. L’objectif est d’utiliser un point unique dans la chaîne où les données clés sur les emballages sont définies. Ces données doivent circuler, de manière numérisée, vers le producteur, le PRO, les autorités nationales et la Commission européenne.
– Un partage de connaissances sur les stratégies 3R propres à chaque pays. En mutualisant notre expertise (sur des sujets divers tels que l’écoconception, l’éco-modulation, l’incorporation de matière recyclée), nous renforçons notre impact collectif et sommes en mesure de proposer un éventail encore plus large de solutions à nos clients respectifs.
– Une traçabilité et une transparence accrues pour les emballages commerciaux et industriels. En s’appuyant sur l’expérience acquise dans le Benelux en matière de REP, nous pouvons anticiper et mieux mettre en œuvre la nouvelle réglementation à venir (PPWR).
Les éco-organismes : la force motrice du système REP
Dans cette période de transformation, chaque acteur de la chaîne de valeur joue un rôle essentiel. Les éco-organismes, cependant, constituent la force motrice du système de REP. Interface indispensable entre les producteurs, les territoires, les partenaires du tri et du recyclage, ainsi que les citoyens, ils assurent :
– l’équilibre économique du système,
– la cohérence opérationnelle sur l’ensemble du territoire,
– la mise en œuvre des objectifs réglementaires,
– l’accompagnement des collectivités dans les activités de collecte et de tri,
– le développement de partenariats avec les acteurs du tri et du recyclage,
– l’accompagnement des producteurs en matière de conformité et d’écoconception.
Les éco-organismes structurent les chaînes de valeur, assurent la solidarité entre producteurs et garantissent que la transition écologique se déroule de manière efficace, cohérente et durable.
Conclusion : une opportunité historique pour la REP
Nous sommes convaincus que l’agenda européen de simplification ne constitue pas une menace pour la REP. Au contraire, il représente une opportunité unique : réaffirmer un modèle qui a fait ses preuves, moderniser ses outils et renforcer la cohérence du marché unique. Au moment où l’Union européenne redéfinit son autonomie stratégique et consolide ses frontières économiques, la REP doit s’adapter — se digitaliser, s’harmoniser et évoluer — tout en préservant ses fondements : la responsabilité des producteurs, une gouvernance à but non lucratif, la transparence, et une performance économique et environnementale solide. Les éco-organismes, en lien constant avec les différents acteurs de la chaine de valeur, seront déterminants pour faire de cette nouvelle phase un succès. C’est à cette condition que la REP pourra continuer à remplir sa mission : être un moteur de l’économie circulaire, au service d’une Europe durable, compétitive et souveraine.
6-Dossier-Simplification-CITEOSimplification without deregulation: a new era for EPR in the European Union
In 2025, the European Commission launched an ambitious agenda for simplification. This initiative comes at a time of growing pressure on the Union: fragmentation of the Single Market, intensifying geopolitical power dynamics, and an increased need for strategic autonomy. As Commissioner Stéphane Séjourné recently noted, Europe is entering “a new era”, one in which it must both consolidate its internal market and strengthen its external borders to safeguard its interests.
In this context, sectors linked to the circular economy and to Extended Producer Responsibility (EPR) are directly affected. The strategy for the Single Market, the Packaging and Packaging Waste Regulation (PPWR), and the upcoming Circular Economy Act place these ecosystems at the centre of policy discussions.
EPR: A historical pillar of economic and environmental performance
Extended Producer Responsibility is a singular model. Initiated in the 1990s in Germany and France, it has spread across countries in Europe and beyond, and across sectors like packaging, textiles, electronics etc
Built on a simple principle — requiring producers to take responsibility for the end-of-life of their products — EPR has, for decades, enabled the development of efficient waste management and recycling schemes across Europe. Producers allocate funds strategically to meet specific recycling goals, ensuring financial resources are directed towards effective recycling initiatives.
Along the years, the EPR model has constantly adapted itself to meet the industry and consumption trends, achieve the regulatory targets and support its clients and stakeholders. EPR has led to the development of modernized recycling systems, optimised collection schemes, making it easier for consumers to recycle. Decisions made by Producer Responsibility Organizations (PROs) emphasize efficiency and innovation, driving improvements in recycling processes.
PROs are drivers of change, capable of shaping the transition toward more sustainable and efficient resource management.
For packaging in particular, the model revolves around three now-essential actions: reduce, reuse, recycle. The objective is clear: to reduce environmental impact while ensuring the economic efficiency of a system that mobilizes producers, local authorities, operators, and citizens.
Yet this model is increasingly being questioned—not in its core principles, which have proven their worth, but in its ability to evolve in response to contemporary challenges: new reporting requirements, increasing waste flows, the need for greater harmonisation, cost pressures, and rising expectations for transparency and tangible results.
A European framework in transition: Harmonise, simplify, digitalise
The European Commission has made its ambition clear: to modernise the framework within which EPR systems operate. The upcoming Circular Economy Act that the Commission will present in the second half of 2026 is expected to focus on two pillars : EPR and the internal market for secondary raw materials.
The Commission aims to reinforce the single market for secondary raw materials, increase the supply of high-quality recycled materials and stimulate the demand for those materials within the EU. It also aims to simplify, harmonise and digitalise EPR across the Union. In the Single Market strategy published in 2025, EPR is identified as one of the barriers to the single market because of its fragmentation.
The Circular Economy Act illustrates this desire for structural reform.
As Producer Responsibility Organisations (PROs), we strongly support this direction—provided it is not conflated with deregulation.
The existing European frameworks—such as the Single-Use Plastics Directive (SUPD), the Waste Framework Directive (WFD), and the (PPWR)—were precisely designed to provide companies with a clear and stable regulatory environment. This clarity is essential to give businesses long-term visibility, enabling them to invest confidently and make strategic decisions. Conversely, lack of coherence between legislations, frequent rule changes, such as repeated omnibus amendments or postponements of implementing or delegated decisions, can generate uncertainty and hinder economic actors. In this sense, simplification should not be interpreted as a dismantling of the current framework, but rather as a way to make it more readable, more coherent, and more effective.
EPR is a finely balanced system: it works best when it is organised as non-profit, mandated by producers, and designed to deliver both economic and environmental performance. Ambitious environmental objectives are at the very heart of EPR’s mission.
The need to adapt the model is now undeniable, and three priorities command broad consensus:
– Simplification of reporting obligations, to reduce excessive administrative burdens ;
– Harmonisation, to prevent national divergences from further fragmenting the single market;
– Digitalisation, especially of reporting, to improve data quality, transparency, and overall system efficiency.
The PPWR clearly opens the door to these transformations.
It does not only set ambitious objectives on the 3R for all packaging : achieve reduction of packaging waste (5% by 2030, 10% by 2035 and 15% by 2040), reuse targets (eg 10% of reuse for beverages sales packaging by 2030) and recycling (70% for all materials , 55% for plastic in 2030). It is also setting reporting data harmonisation requirements for EPR and eco modulation principles on recyclability for instance.
Numerous national and cross-border partnerships are already proactively working on these issues. This is why we, as PROs from Belgium, France, Luxembourg and the Netherlands, have chosen to join forces—to better serve our respective producers, many of whom operate across these markets.
Our objective is to collaborate more closely to better support our partner clients in their 3R strategies (reduction, reuse and recycling), within an ambitious European context for our sector.
What are the advantages of this cooperation for common customers/producers?
– Better anticipation and simplification of reporting obligations.
We are working together to define a common data model and to make partner clients’ declarations easier and more consistent across borders. The aim is to use a single point in the chain where key packaging data is defined – by the manufacturer. This data should flow, in a digitalised way, to the Producer, PRO, national authorities and the European Commission.
– Knowledge sharing on 3R strategies specific to each country.
By pooling our expertise (on different topics such as eco design, eco modulation, incorporation of recycled content etc), we amplify our collective impact and are able to offer an even wider range of solutions to our respective clients.
– Enhanced traceability and transparency for commercial and industrial packaging.
Building on the experience gained in the Benelux on this EPR scheme to anticipate and better implement the new regulation to come (PPWR).
PROs: the driving force of the EPR system
In this period of transformation, every actor in the value chain plays a key role. PROs, however, act as the driving force of the EPR system. As the essential interface between producers and local territories and, in some cases, sorting and recycling partners, and converters, they ensure:
– the economic balance of the system,
– operational consistency across the territory,
– implementation of regulatory objectives,
– support for local authorities in collection and sorting activities,
– partnerships with sorting and recycling actors, and converters
– guidance for producers in compliance and eco-design.
PROs structure the value chains, ensure solidarity among producers, and guarantee that the ecological transition is carried out efficiently, coherently, and sustainably.
Conclusion: a historic opportunity for EPR
We believe that the European simplification agenda is not a threat to EPR. On the contrary, it represents a unique opportunity: to reaffirm a proven model, modernise its tools, and enhance the coherence of the single market.
At a time when the European Union is redefining its strategic autonomy and reinforcing its economic borders, EPR must adapt — digitalising, harmonising, and evolving — while preserving its core foundations: producer responsibility, non-profit governance, transparency, and strong economic and environmental performance.
PROs, continuously connected with both producers and territories, will be decisive in making this next phase a success. Only then can EPR continue to fulfil its mission: to be a driving force of the circular economy, supporting a sustainable, competitive, and sovereign Europe.












