Réaction au discours de l'état de l'Union (Audio)

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Marcel GRIGNARD

Président de Confrontations Europe

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a prononcé mercredi matin son discours annuel sur l’état de l’Union devant les députés européens réunis à Strasbourg. Un exercice destiné à annoncer les priorités de la Commission pour 2017, mais également à ressouder une Union européenne en pleine crise existentielle. Si sa déclaration portait avant tout sur les nombreux défis à venir, Jean-Claude Juncker a toutefois annoncé plusieurs chantiers concrets. Marcel GRIGNARD, Président de Confrontations Europe, réagissait à ce discours quelques heures après sur RCF.

Une lecture du Discours de Jean-Claude JUNCKER sur l’Etat de l’Union.
Par Marcel Grignard, Président de Confrontations Europe
Le discours de Jean-Claude Juncker a eu les faveurs d’une grande majorité du Parlement européen. Dans son propos, le Président de la Commission a pris la mesure de la gravité de la crise de l’Union (au lendemain du vote britannique en faveur du Brexit) mais, dans le même temps, à la veille du Sommet de Bratislava, il ne s’est pas éloigné de ce que les chefs de gouvernement des 27 seront prêts à faire (ou ne pas faire) ensemble alors qu’ils sont divisés, ne se font pas confiance et, pour plusieurs d’entre eux, sont en période pré-électorale.
Jean-Claude Juncker a analysé la nature de la crise que traverse l’UE, dénoncé les risques du repli, la montée du populisme, et rappelé les  responsabilités des uns et des autres… mais il a aussi réaffirmé la nécessité d’un rebond en réaffirmant les valeurs de l’UE, son histoire (solidarité, position sur la peine de mort, libre circulation des travailleurs – économie sociale de marché et non « Far West »). Ses propositions sur les principaux dossiers (sécurité et immigration, économie et social, fonctionnement démocratique…) sont  de portée limitées et les non-dits du discours en sont aussi un révélateur.
Valeurs et sens de la politique européenne.
L’UE devrait être capable de parler d’une seule voix (G20) pour peser dans le monde car les économies des Etats membres dépendent largement des échanges, notamment pour les questions d’emploi. Jean-Claude Juncker a souligné la qualité de l’accord de libre-échange avec le Canada…mais n’a rien dit rien du TAFTA (ou TTIP), le traité de libre-échange avec les Etats-Unis en cours de négociation (sans doute pour ne pas fâcher  les Etats qui le contestent) et n’a pas non plus abordé les questions de contenu et de gouvernance de ces négociations qui font débat.
Le dumping (ou la concurrence déloyale) a tenu une bonne place dans son intervention : sur le terrain social (même salaire pour les travailleurs faisant le même travail au même endroit- en référence au statut des travailleurs détachés), fiscal (les multinationales), industriel (sidérurgie), agricole (le lait ne peut pas avoir un prix inférieur à l’eau) …Jean-Claude Juncker a pris position de façon claire sur des sujets qui ne font pas consensus. Il a réaffirmé le rôle positif des échanges alors que certains pays d’Europe sont tentés  par des replis nationaux et que la mondialisation des échanges est parfois remise en question ou en tout cas que la nécessité de rééquilibrer l’économie de marché est mise en avant.
Sur le plan économique.
Jean-Claude Juncker a souligné le rôle positif de l’euro mais n’a pas mentionné les priorités permettant de faire avancer vers une union économique ni comment l’UEM doit s’articuler avec une UE en se dotant d’ une vision commune de l’avenir (livre blanc en mars 2017). Et ce alors même que l’UE doit faire face au départ des britanniques.
Il a cependant proposé d’accélérer les travaux concernant l’Union des marchés des capitaux.
L’annonce marquante du discours est la prolongation du plan d’investissements (dit « Plan Juncker ») de 2018 à 2022 et son doublement (de 310 il passerait à 830 milliards d’euros). Mais il n’est pas fait mention du besoin de corriger les limites actuelles du Plan partant d’une évaluation de la première phase du Plan déjà mise en œuvre. Le plan d’investissements en Afrique (et la proposition qui en a été faite aux Etats membres d’y abonder) qui se distingue du plan d’investissements européen, est une heureuse prise en compte du lien entre développement de ces pays, politique d’immigration et politique de voisinage.
Numérique. Le Président de la Commission a annoncé des objectifs  précis dans le domaine du numérique : enjeu de l’accès au haut débit (réforme annoncée du marché des télécoms) ; accès à internet dans tous les lieux publics d’ici 2020 ; protection des données ; droits d’auteur…
Défense et de sécurité.

  • Les propos du président concernent trois domaines. Tout d’abord, la protection des frontières (moyens de l’agence Frontex et constitution de garde-frontières) et le contrôle de ceux qui veulent entrer en Europe (sans précision sur les moyens pour y parvenir – généralisation des visas ?), renforcement d’Europol… Ensuite, la nécessité d’une Europe capable de parler et d’agir d’une seule voix sur les dossiers internationaux (Syrie…) grâce notamment au renforcement du rôle de Federica Mogherini, le Haut Représentant de l’Union pour les Affaires étrangères. Enfin, la mise en place d’une politique de défense européenne qui combinerait ressources militaires communes, création d’ QG européen, coopération renforcée dans les capacités de défense, et création d’un fonds européen destiné à stimuler recherche et innovation dans l’industrie de la défense.

Une bonne partie de ces objectifs dépendent de la volonté des Etats membres de mettre en commun information, diplomatie, moyens alors que la défiance entre pays européens limite les ambitions communes même si un pas a été franchi avec la mise en place de coopérations renforcées dans le domaine de la défense à l’initiative du couple franco-allemand.
Réfugiés. Sur la question des réfugiés, le discours de Jean-Claude Juncker a été marqué par une seule annonce concrète : la proposition de création d’un corps européen de solidarité (formé de jeunes européens et dont l’action ne se limiterait pas à l’aide aux réfugiés).
Ressort le maintien d’un déséquilibre entre une Europe décidée à se protéger mais restant très divisée et ne progressant pas sur l’accueil des réfugiés (et sur les politiques de migration).
Les jeunes,
Jean-Claude Juncker rappelle que 9 millions de jeunes ont bénéficié de la garantie pour la jeunesse et qu’il faut continuer. Il ne propose ni objectifs (quantitatifs et qualitatifs) ni moyens financiers permettant un vrai développement de ce projet.
Démocratie et gouvernance de l’UE.
Le Président de la Commission en a appelé à la responsabilité de tous afin qu’un meilleur dialogue s’instaure entre Etats membres, Parlement Européen, Commission. Il a insisté sur le dialogue entre la commission et les  Parlements nationaux…Si Jean-Claude Juncker a  évoqué les citoyens, il n’a pas précisé quel pourrait être leur rôle et leur implication, pas plus celle de la société civile. Il est vrai que dans ce domaine la responsabilité première en incombe aux Etats membres.