Plan Juncker 2.0 : une prolongation bienvenue

Dominique RIQUET

DĂ©putĂ© europĂ©en, PrĂ©sident de l’intergroupe « Investissement de long terme et rĂ©industrialisation »

Mesure phare du programme de la Commission Juncker, le Plan d’investissement pour l’Europe prĂ©voyait trois volets. Le premier et principal consistait Ă  l’établissement, au sein de la Banque europĂ©enne d’investissement (BEI), du fonds pour les investissements stratĂ©giques (FEIS). Le second volet voulait faire en sorte que ces financements profitent Ă  l’Ă©conomie rĂ©elle. Quant au 3Ăšme, il s’agissait de crĂ©er un environnement propice aux investissements.

Le FEIS est destinĂ© Ă  mobiliser des liquiditĂ©s privĂ©es pour financer des projets d’infrastructures, boudĂ©s jusqu’alors par des investisseurs effrayĂ©s, mais aussi Ă  faciliter le financement des PME via un renforcement du Fonds europĂ©en pour l’investissement (FEI). Objectif affichĂ© pour ce fonds dotĂ© de 21 milliards d’euros de garantie (dont 16 milliards de l’UE et 5 milliards de la BEI) : gĂ©nĂ©rer 315 milliards d’euros d’investissement supplĂ©mentaires en Europe d’ici Ă  2018. Commençons par prĂ©ciser que cet objectif, au premier abord ambitieux, est Ă  mettre en perspective avec les (gigantesques) besoins en investissement dans les infrastructures en Europe, estimĂ©s Ă  deux mille milliards d’euros d’ici Ă  2020 . À cet Ă©gard, rappelons aussi que le budget europĂ©en ne reprĂ©sente que 1% du PIB europĂ©en. Bref, l’UE fait avec les (faibles) moyens du bord que consentent Ă  lui octroyer les États membres…
Quel bilan d’étape dressĂ© du FEIS ? Les chiffres tout d’abord. En seulement un an et demi, sur la base des projets approuvĂ©s par le ComitĂ© d’investissement du FEIS et le Conseil d’Administration de la BEI, nous en sommes Ă  154 milliards d’investissements potentiellement gĂ©nĂ©rĂ©s par les 27 milliards de financements de la BEI et du FEI approuvĂ©s . Le calendrier est respectĂ© et la rĂ©partition gĂ©ographique Ă©quilibrĂ©e .
Au-delĂ  de cette Ă©valuation quantitative satisfaisante, quelques mots sur la qualitĂ© et la nature des projets pour la fenĂȘtre infrastructures (le succĂšs de la fenĂȘtre PME Ă©tant incontestĂ© et incontestable). L’additionnalitĂ© des premiers projets (non finançables par le marchĂ© seul mĂȘme Ă  des conditions moins avantageuses) tout comme leur valeur europĂ©enne ajoutĂ©e (VEA), c’est Ă  dire la conformitĂ© avec les objectifs politiques de l’Union, laissent Ă  dĂ©sirer. Conscient que ces dĂ©ficiences Ă©taient probablement dues au manque d’attractivitĂ© de la seule garantie EFSI pour les investisseurs, j’ai proposĂ© la mise en place d’une instance de coordination entre la Commission et la BEI pour optimiser et mieux calibrer les mĂ©canismes de soutien Ă  l’investissement de l’UE. Autrement dit, une instance qui mixerait   (blending) les subventions europĂ©ennes (MĂ©canisme pour l’interconnexion en Europe, Horizon 2020, Fonds structurels et d’investissement europĂ©ens) avec les mĂ©canismes de bonification de la BEI afin de rendre le projet acceptable par les marchĂ©s. N’oublions pas Ă©galement de souligner les dĂ©buts prometteurs, et c’est le deuxiĂšme pilier du plan, du « portail europĂ©en de projets d’investissement » et de la « plateforme europĂ©enne de conseil en investissement ».
MalgrĂ© les critiques Ă©mises ci-dessus, ces dĂ©buts encourageants bien qu’insuffisants pour offrir des meilleures perspectives de croissance potentielle, ont amenĂ© (Ă  juste titre) la Commission Ă  prolonger et Ă  renforcer ce mĂ©canisme en le portant Ă  33.5 milliards de garantie (26 de l’UE et 7.5 de la BEI) pour gĂ©nĂ©rer 500 milliards d’euros d’investissement gĂ©nĂ©rĂ©s au 31 dĂ©cembre 2020. Dans cette nouvelle version, le manque d’additionnalitĂ© et de VAE devrait ĂȘtre comblĂ©, le blending promu et l’ingĂ©nierie technique amĂ©liorĂ©e. Cela Ă©tant, nous aurons bons faire preuve de la plus grande inventivitĂ© financiĂšre qui soit, l’économie europĂ©enne ne retrouvera pas sa vigueur et sa croissance future sans le 3Ăšme pilier. La progression de l’intĂ©gration et l’harmonisation du marchĂ© unique sont bloquĂ©es par un Conseil toujours plus souverain et de moins en moins europĂ©en. Un conseil dont certains membres continuent Ă  faire l’économie des rĂ©formes structurelles nĂ©cessaires (instabilitĂ© fiscale chronique en France). Il faut en revanche saluer le lancement de la premiĂšre plateforme de co-investissement thĂ©matique et transnationale, fruit d’un partenariat entre l’EFSI et les banques nationales de dĂ©veloppement. L’exemple de cette structure pour financer les petits projets de rĂ©seau haut-dĂ©bit devrait, en cas de succĂšs, ĂȘtre appliquĂ© Ă  d’autres secteurs. Et pourquoi pas, puisque c’est la saison des vƓux, en consacrer une autre aux infrastructures ferroviaires (dĂ©ploiement de la signalĂ©tique l’ERTMS).

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