Permettre l'essor de projets transfrontaliers

Marcel GRIGNARD

Président de Confrontations Europe

Le plan va ĂȘtre prolongĂ© et sa dotation doublĂ©e. Mais encore faudrait-il passer d’un « plan d’investissement en Europe » Ă  un « plan d’investissement pour l’Europe ».

Les investissements de long terme recouvrent un double enjeu : celui d’un rebond de l’économie et de la mise en route de la sociĂ©tĂ© de demain. Confrontations Europe y travaille depuis des annĂ©es et y a consacrĂ© un colloque, le 15 juin dernier(1). Au moment oĂč le prĂ©sident Juncker propose de doubler le montant et la durĂ©e du plan d’investissements pour l’Europe, il est utile de revenir sur ce sujet majeur.
La nĂ©cessitĂ© de dĂ©velopper les investissements tout en y impliquant la puissance publique est aujourd’hui soutenue par de grandes institutions, comme l’OCDE qui s’alarme de la faiblesse de la croissance mondiale et insiste pour que ces investissements soient ciblĂ©s afin de mettre sur les rails l’économie de demain (l’investissement dans les moyens humains Ă©tant une des prioritĂ©s Ă  mettre en Ɠuvre). Soulignons que l’engagement de la puissance publique dans les investissements de long terme ne rĂ©duit ni le besoin de rĂ©formes structurelles ni celui d’avancĂ©es de l’Union des MarchĂ©s de capitaux.

Au cours d’une rĂ©cente rencontre entre la Banque europĂ©enne d’investissement (BEI) et de nombreux acteurs europĂ©ens, nous avons aussi constatĂ© que notre Ă©valuation du mois de juin, mettant en Ă©vidence le besoin d’inflĂ©chir la mise en Ɠuvre du plan Juncker, Ă©tait de plus en plus partagĂ©e. En bref, si nous soutenons, Ă  Confrontations Europe, le plan Juncker, nous considĂ©rons vital de passer d’un « plan d’investissement en Europe » Ă  un « plan d’investissement pour l’Europe ». Cela signifie trĂšs concrĂštement qu’il faut un lien Ă©troit entre les politiques dĂ©cidĂ©es au niveau europĂ©en (numĂ©rique, transition Ă©nergĂ©tique
) et les projets bĂ©nĂ©ficiant de la garantie assurĂ©e par le plan Juncker.
Pour y parvenir, il faudrait que le Conseil europĂ©en assume pleinement son rĂŽle de dirigeant politique Ă  l’égard de la BEI. Il faudrait aussi que les critĂšres d’évaluation des projets retenus par la BEI soient plus transparents, et pouvoir s’assurer que les modalitĂ©s de financements soient optimales et diversifiĂ©es selon la nature des projets. Il convient Ă©galement de favoriser la mise en place des projets en aidant les pays les moins bien lotis, et impliquer le plus possible les territoires et les acteurs Ă©conomiques et sociaux Ă  l’élaboration des projets. Il semble que la BEI veuille aller globalement dans ce sens. Mais la tĂąche est ardue et Jean-Claude Juncker n’en a rien dit dans son discours du 14 septembre sur l’état de l’Union.

Les difficultĂ©s rencontrĂ©es par les projets transfrontaliers (qui sont un autre moyen de rĂ©duire la fragmentation) sont une autre illustration de la nĂ©cessitĂ© d’amĂ©liorer la gouvernance de montage et de finalisation des investissements dans le cadre du plan Juncker. Les projets d’investissements Ă  cheval sur les frontiĂšres ne manquent pas mais leur mise en Ɠuvre est compliquĂ©e, et trĂšs rares sont ceux qui sont financĂ©s par le plan Juncker. Il n’existe pas d’institution unique transnationale ayant compĂ©tence pour dĂ©cider une politique de clusters ou d’infrastructures de transports
 bien qu’il s’agisse de domaines importants pour les territoires et les populations concernĂ©es. Il faut pour rĂ©ussir mettre en place des collaborations impliquant partenaires Ă©conomiques, financiers, politiques, administratifs ayant des cultures diffĂ©rentes. La plateforme de la BEI, tout comme le soutien apportĂ© par les banques nationales de dĂ©veloppement, fournissent une aide indispensable Ă  la finalisation de ces projets d’intĂ©rĂȘt transnational.

Les investissements de long terme, dont les EuropĂ©ens ont besoin, ne se limitent pas Ă  la rĂ©ussite et Ă  la rĂ©orientation du plan Juncker. L’UE et l’Union Ă©conomique et monĂ©taire (UEM) devraient adopter les politiques macroĂ©conomiques crĂ©ant le cadre favorable et impulsant la dynamique. On pouvait espĂ©rer qu’au lendemain du Brexit, le choc allait permettre de dĂ©passer les dĂ©saccords et la mĂ©fiance entre chefs de gouvernements mais il semble bien que nos espoirs doivent ĂȘtre trĂšs modĂ©rĂ©s. Raison de plus pour que ce qui fonctionne, en l’occurrence le plan Juncker, soit un vĂ©ritable outil au service des intĂ©rĂȘts des EuropĂ©ens.

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