Compte Rendu petit déjeuner Citeo : L’économie circulaire, un sujet d’intérêt général

Confrontations Europe organisait le mardi 12 mars 2024, une rencontre exceptionnelle au Cercle de l’Union Interalliée, autour de Jean Hornain, Directeur Général de Citeo. Cette matinée avait pour but d’échanger sur le sujet de l’économie circulaire comme point de conciliation entre les enjeux de politique environnementale et les enjeux de politique industrielle. 

Qu’est-ce que Citeo ? 

Citeo est une entreprise à mission créée par les entreprises de la grande consommation et la distribution. Dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur (REP), les entreprises portent la responsabilité environnementale de leurs produits/emballages, de l’écoconception jusqu’au recyclage, voire parfois jusqu’à la lutte contre les déchets abandonnés. 

Afin de respecter ces obligations, ces sociétés payent une contribution à Citeo, qui investit et développe des solutions pour répondre aux objectifs environnementaux qui sont les nôtres. 

Citeo regroupe plus de 60 000 entreprises, qui ont contribué annuellement à hauteur de 1,3 milliards d’euros sur l’année 2023.

Les missions de Citeo sont les suivantes :  

  • Réduire l’impact environnemental des produits de ses clients
  • Créer les solutions pour construire les solutions d’aujourd’hui et de demain autour de la stratégie 3R (réduction, réemploi, recyclage)
  • Donner les clés aux consommateurs pour réduire l’impact environnemental
  • Agir pour accélérer la transition écologique de l’échelle nationale à l’échelle européenne et internationale

En France le taux de recyclage des emballages ménagers est de 66%, celui du papier 65%. Si ces performances sont intéressantes et honorables, Jean Hornain souligne la nécessité d’aller plus loin.
Notamment sur la matière plastique, où la France ne recycle que 25% du volume produit. 

Citeo et l’Europe 

Citeo est le plus grand éco-organisme européen et s’intéresse particulièrement à l’harmonisation collective des règles en matière de gestion des déchets. L’entreprise s’implique d’ailleurs dans les travaux de la Commission et du Parlement, par la participation aux consultations et groupes de travail, comme ce fut le cas sur le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages.  

Concernant les élections et ses enjeux pour l’économie circulaire, Jean Hornain souligne le contexte international particulier affectant l’Europe, et notamment les grandes difficultés éprouvées dans les instances internationales afin de négocier et d’atteindre un consensus. 

Ces tensions ne font qu’accroître les difficultés à coopérer, et justifient parfois jusqu’à la remise en cause de la légitimité des organisations internationales pour résoudre les problèmes soulevés. 

Ce désordre se manifeste particulièrement dans le cadre du retour, quoique relatif sous certains angles, d’un certain nombre de politiques protectionnistes au niveau des grandes puissances mondiales, et souligne les tensions économiques et commerciales existantes. 

Il est donc temps pour l’UE de prendre son destin « bien en mains », 

Pour ce faire, Jean Hornain met l’accent sur les dernières réussites de l’Union, en faisant particulière référence à la mise en place du plan Next Generation EU après la pandémie, ainsi qu’à la force et vigueur de son marché intérieur. 

Politiques environnementales et politiques industrielles 

On a souvent tendance à opposer ces deux visions _ environnement vs industrie _comme si elles étaient inconciliables, le directeur général de Citeo estime, en revanche, qu’une conciliation est envisageable entre ces deux dynamiques.

Il serait tout à fait possible d’harmoniser économie et écologie, et cette confusion des intérêts et logiques s’incarnerait dans l’économie circulaire, en ce que ce concept vise bien à l’accommodation de deux ensembles, qui peuvent parfois s’inscrire en contradiction. 

L’économie circulaire n’est pas un concept très démocratisé et s’avère souvent difficile à définir.
Jean Hornain définit alors ses objectifs comme suit :  

1°) La réduction de l’utilisation des ressources 

2°) La maximisation de la réutilisation et du recyclage 

Ce système circulaire est à la fois efficace, respectueux de l’environnement et favorable au développement industriel. Le directeur général de l’éco-organisme fait référence au découplage entre croissance et ressources que permettrait l’économie circulaire : « C’est l’objectif que l’on recherche, une vrai décorrélation ». 

Politique européenne au niveau environnemental 

L’Union européenne a particulièrement investi le champ des politiques environnementales sous l’effet du Pacte vert pour l’Europe adopté en 2019. Les déclinaisons politiques et normatives de l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 se concentrent principalement sur les secteurs de l’énergie et des transports. 

L’économie circulaire est pourtant l’une des conditions d’atteinte de ces objectifs. L’activité de Citeo contribue fortement à la réduction du volume des GES émis, en ce qu’elle constitue une vraie économie de carbone et de déchets. 

La logique européenne, de fixation d’objectifs chiffrés, est intéressante et particulièrement utilisée par la France, qui veut souvent se montrer plus ambitieuse que les autres Etats membres, au risque de se fixer des objectifs parfois irréalisables. 

Cette politique chiffrée apparaît souvent aussi contradictoire en ce que, pour donner un exemple concret, on souhaite une augmentation drastique des volumes de recyclage, tout en demandant la disparition des emballages plastiques d’ici à 2040. Ces incohérences créent de l’incertitude au niveau des entreprises, et ne favorisent pas du tout l’investissement nécessaire à la réalisation de ces transitions. 

La proposition de règlement sur les emballages et les déchets d’emballages est une règlementation qui va s’imposer à l’ensemble des autorités nationales des Etats membres. Elle constitue une véritable harmonisation qui devrait permettre les investissements nécessaires, par sa capacité à tracer de véritables trajectoires à moyen et long terme.  

Selon Jean Hornain, ce phénomène d’harmonisation va avoir un vrai impact positif sur le développement de solutions de recyclage innovantes, développées par de grands acteurs industriels européens. 

Une telle uniformisation se retrouve pleinement alignée avec la conciliation recherchée entre politiques environnementales et industrielles. En effet, le développement de ces solutions innovantes prendra nécessairement la voie d’un plan industriel plus large, et sera à même de mobiliser un grand nombre d’acteurs industriel à la recherche de visibilité. 

Au niveau européen, il est donc nécessaire de replacer les entreprises et industries au cœur du système, non pas comme de simples sujets des normes environnementales ou économiques, qui seraient extérieures au processus de décisions. 

Les dernières réformes européennes se sont, selon lui, trop inscrites en désintéressement des considérations industrielles.

Stratégie industrielle

La stratégie industrielle européenne s’inscrit, principalement, sans un concours supplémentaire des finances publiques étatiques. Elle est ainsi pensée pour inciter à l’investissement, le simplifier, et tracer des trajectoires lisibles. 

L’économie circulaire est donc une nouvelle fois un élément qui pourrait répondre à la fois aux défis propres à notre transition écologique, mais aussi aux enjeux de souveraineté de notre politique industrielle, comme cela a été souligné dans le « Critical Raw material act ». 

Les sujets à régler pour développer l’économie circulaire 

Jean Hornain isole deux sujets qui lui semblent importants de régler afin de développer l’économie circulaire européenne. 

1°) Sur le soutien à la matière première et recyclée européenne

Il existe une vraie différence de prix entre les différents plastiques que l’on peut acheter sur le marché, du fait du hiatus fondamental dans les contraintes et modes de production, à la fois sur le marché de la matière recyclée, mais aussi sur celui de la matière vierge.   

La question de l’absence actuelle de compétitivité des matières plastiques vierges ou recyclées en Europe empêche le développement de la filière du recyclage, en ce que les opérateurs et producteurs d’emballages préfèrent se tourner vers des fournisseurs étrangers. 

Un tel constat mène donc à s’interroger sur les potentielles réflexions à mener pour y trouver remède. 

2°) Sur la question de la préférence européenne  

Le directeur général de Citeo est conscient de la contradiction ouverte d’une telle conception avec les principes du libre-échange. Pour autant, il se montre particulièrement ouvert au développement d’une « clause miroir » dans le cadre du règlement sur les emballages et les déchets d’emballages, qui se fonderait sur l’origine de la matière et imposerait le respect de normes environnementales équivalentes. Bien que la Commission européenne soit très résistante sur ce point, et se montre particulièrement frileuse sur ces questions, une telle logique pourrait grandement aider au développement de la filière européenne du recyclage.  

Ce sont les opérateurs du recyclage qui ont pu faire remonter ces doléances à J. Hornain, indiquant alors que la compétition avec d’autres économies, qui ne respectent pas les mêmes règles, rend très difficile l’enracinement de l’économie circulaire sur notre continent.  

Pour conclure, et en vue des élections européennes, notre orateur a pu évoquer les ambitions de Citeo pour la prochaine mandature, par l’énumération d’un ensemble de dossiers d’une particulière importance : 

  • La poursuite de la mise en place des obligations du Pacte vert, avec un esprit de bon sens et dans une logique de contractualisation ; 
  • L’inclusion des entreprises dans ce travail avec l’adoption d’un cadre précis, clair et stable qui permettrait de développer les investissements nécessaires
  • Un renforcement de l’harmonisation européenne sur les questions de circularité, outil de la prévisibilité et lisibilité des trajectoires d’investissements ;
  • Une globalisation de la prise en compte de l’économie circulaire à l’entièreté des champs politiques européens.

Conclusion

« La coopération est essentielle aujourd’hui à l’image des sports collectifs. Dans les temps difficiles, deux options s’offrent à nous, soit jouer son jeu chacun de son côté, soit opter pour la coopération. L’efficacité vient pourtant nécessairement d’une forme de coopération. 

Les clients de Citeo, ayant pourtant des intérêts et des stratégies d’entreprises différents, réussissent à travailler en collaboration.

Car l’économie circulaire est un sujet d’intérêt général, nous avons tous intérêt à la réduction de l’impact de nos modes de vie sur l’environnement, et c’est comme cela que ça fonctionne. »  

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