La Transition écologique et énergétique : une chance pour le projet européen

Pierre-René LEMAS

Directeur général du groupe Caisse des Dépôts

Loin d’être une contrainte, la Transition énergétique et écologique (TEE) représente au contraire une immense opportunité pour l’Europe et figure au premier rang des priorités stratégiques du groupe Caisse des Dépôts (CDC). Le risque climatique est pris en compte dans les relations avec ses partenaires et ses clients, au premier rang desquelles les entreprises et les collectivités locales.

L’Union européenne et ses États membres ont toujours affiché un leadership dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’engagement de réduction de 40 % des émissions de Gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, et de 80 à 95 % d’ici 2050, en vue des négociations internationales sur le climat qui se dérouleront à Paris en décembre 2015 (COP21), l’illustre une fois de plus. L’accord, qui sera signé pour contenir le réchauffement global en deçà des 2 °C d’ici la fin du siècle, sera néanmoins conditionné à la puissance financière que les acteurs publics et privés parviendront à déployer. En France, le groupe Caisse des Dépôts est mobilisé au service de la transition énergétique et écologique qui figure au premier rang de ses priorités stratégiques.
Responsabilité historique des pays industrialisés dans le réchauffement
La transition vers une économie bas-carbone requiert en effet des investissements très significatifs dans la rénovation de l’immobilier, la construction de nouvelles infra- structures (énergies renouvelables, réseaux de chaleur…), la promotion de solutions de transports intelligentes et propres et dans le financement des « entreprises de la transition ». Rien que pour la France, 60 milliards d’euros par an sont estimés nécessaires. L’enjeu de ce siècle est d’engager la transformation rapide des économies, au Nord comme au Sud, pour les rendre compatibles avec la préservation d’un climat vivable pour les prochaines générations. Les pays en développement soulignent la responsabilité historique des pays industrialisés dans le réchauffement global ; or, sans leur aide financière, l’accord de la COP21 apparaît difficile. Le leadership européen passera donc à la fois par l’exercice de cette responsabilité et par la capacité des États membres à mobiliser massivement des capitaux publics et privés pour tenir leurs propres objectifs climatiques. Tout cela dans un contexte financier et budgétaire fort contraint.
Créer un « new deal »
Pourtant, la transition vers une économie bas carbone est une opportunité formidable pour créer un « new deal » à même d’insuffler une croissance qualitative et durable. Elle impose néanmoins une mobilisation sans faille de tous les acteurs de la communauté financière. C’est pourquoi, avec la Banque européenne d’investissement, le groupe Caisse des Dépôts a pris l’initiative d’organiser le 22 mai 2015 le Climate Finance Day. Ce colloque international, labellisé COP21, a permis d’accroître la prise de conscience du caractère « systémique » des risques climatiques pour le secteur financier.
Un projet fédérateur
En tant que banque publique, investisseur et opérateur à travers ses filiales présentes dans de nombreux pans de l’économie (transport, immobilier, ingénierie, énergie, etc.), le groupe Caisse des Dépôts a pour objectif de renforcer sa capacité d’entraînement pour accélérer la transition énergétique et écologique. À cet égard, il est en mesure de mobiliser 15 milliards d’euros au service de cette priorité d’ici 2017, dont une grande partie pour des projets de niveau territorial. Parallèlement, il déterminera, d’ici fin 2015, un objectif de réduction de l’empreinte carbone de ses porte- feuilles d’actions. Pour cela, la CDC entame un renforcement de son engagement sur l’intégration du risque climatique dans la gestion des entreprises dont elle est actionnaire (dont la quasi-totalité du CAC 40 et du SBF120). À défaut d’obtenir une réduction suffisante des émissions des sociétés détenues, le groupe procédera à des réallocations au sein de ses portefeuilles afin de tenir l’objectif qu’il s’est fixé.
La crise financière et économique a montré la fragilité des approches de court terme. C’ est pourquoi nous devons renforcer notre coopération avec nos homologues européens (KfW en Allemagne, Casa Depositi e Prestiti en Italie, etc.) pour contribuer au financement de la transition à long terme. Une plus forte mobilisation européenne passera aussi par une meilleure intégration des « réseaux bas-carbone » (transports, énergie, etc.), une recherche européenne, et l’émergence de « champions européens ». En ce sens, la transition énergétique et écologique est un grand projet fédérateur capable de donner un nouveau souffle à l’Europe.