L’obligation de se réinventer

Clotilde Warin

Rédactrice en chef de la revue

Marcel Grignard

Président de Confrontations Europe

L’épidémie du Covid-19 vient frapper de plein fouet l’Europe qui, à l’heure où nous bouclons la revue, reste de loin le continent le plus meurtri avec plus de 120 000 morts et près d’un million de cas déclarés. Elle se prépare au déconfinement. « Être enfermé n’était pas ce qui pouvait nous arriver de pire. C’était une autre façon d’être en vie » écrivait, dans un contexte bien différent[1], l‘écrivain chilien Luis Sepulveda, qui vient de mourir en Espagne du Covid-19.

Ce temps de confinement que nous n’avions ni prévu ni souhaité nous contraint à vivre et travailler autrement et réinterroge notre devenir, oblige à penser le jour d’après. A l’imaginer meilleur, porteur d’espoir et d’avenir pour toutes les générations et l’ensemble des citoyens. Il faut saisir l’urgence alors que, comme l’a rappelé le Président allemand l’épidémie du Covid-19 est pour tous « un test d’humanité ».

Comment l’Europe va-t-elle passer ce test de solidarité, bâtir avec les Européens des projets porteurs de perspectives dans cette actualité qui nous rappelle nos limites ? Comme souvent dans les moments de crise, le sauvetage des siens pousse aux discours de repli et l’Europe risque d’en faire les frais si elle ne met pas l’énergie nécessaire à réduire les fractures qui la traversent.

Quel sens l’Europe va-t-elle imprimer à la relance économique ? Comment assurer en son sein la place des biens communs ? Nous consacrons cette revue à ces questions sans ignorer que les mois à venir seront difficiles et semés d’embûches.

De même que le virus ne connaît pas les frontières, de même le projet européen ne doit pas perdre de vue sa mission qui est de relier les Européens et se nourrir de leurs différences.

C’est à quoi se consacre depuis plus de 25 ans Confrontations Europe avec la volonté de dépasser les délimitations qui clivent nos sociétés et enferment dans les certitudes. En donnant la parole trop peu entendue (trop peu écoutée ?) à des acteurs de la société civile, chercheurs, élus… et en cherchant à être passerelle entre société et institutions, à travers une « conflictualité ouverte, viable et constructive », pour reprendre une expression chère à ses fondateurs. Et avec la volonté d’être en prise avec la société, de ne pas hésiter à se mettre en cause.

La revue que vous avez en mains ou que vous lisez sur votre écran est dans cet esprit et nous avons mis à profit la période de confinement pour en redessiner la maquette. Le projet a eu pour nom de code « Héritage » comme pour rappeler qu’il s’inscrit avant tout dans une histoire, celle de Confrontations et que, loin de la renier, il entend la continuer et la faire perdurer. Nous avons voulu une revue plus pratique (un format A4), plus sobre, plus aérée aussi (par le choix des couleurs tout en conservant celles identifiées à l’Europe, par la mise en page avec, en amont de chaque dossier, une double page reprécisant le sommaire de la partie à venir), plus harmonieuse aussi (grâce au choix de photos en noir et blanc et d’illustrations qui reprennent les couleurs de la maquette).

Nous avons aimé travailler à cette nouvelle maquette, et espérons que vous l’apprécierez également. La richesse de cette revue tient aussi et surtout à ses nombreux auteurs venant d’horizons et de pays très divers, que nous tenons à remercier tout particulièrement. Une revue plus moderne, plus accessible au service d’une Europe qui a autant besoin de se réinventer que d’être plus lisible.

[1] L’écrivain évoquait sa détention sous Pinochet dans son roman Le Neveu d’Amérique, (Editions Métailié, 1996).

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