Edito

Par Michel Derdevet, Président de Confrontations Europe

L’Union connaitra au mois de juin prochain un instant majeur de sa vie démocratique alors que des intelligences étrangères déploient des efforts considérables pour influer sur le résultat des élections. 

L’ingérence étrangère, la manipulation de l’information et la désinformation constituent des violations grave des valeurs et principes universels sur lesquels l’Union est fondée. Elles viennent porter une atteinte directe à la démocratie et à l’Etat de droit, en ce qu’elle contribue à pervertir l’intégrité des institutions et principes de l’Union, essentiels au bon fonctionnement de sa démocratie. 

Alors qu’une récente enquête Eurobaromètre montrait que 81% des Européens estiment que l’ingérence étrangère dans nos systèmes démocratiques est un problème grave, et face à une montée de la désinformation sur les réseaux sociaux, les instances européennes ont souhaité répondre à cet enjeu majeur. 

Cette réponse s’opéra tout d’abord par les instances du Parlement européen, qui institua deux commissions parlementaires ad hoc, « INGE », puis « INGE 2 ». Ces dernières ont rendu deux rapports qui soulignent l’importance de la question, la portée de ses implications et la nécessité pour l’Union d’agir. 

Le second rapport, adopté le 1 er juin 2023 en assemblée plénière, intitulé « Ingérence étrangère, protéger de toute urgence les élections européennes de 2024 », expose en détail les efforts et opérations menés par la Russie pour infiltrer et influencer les démocraties européennes dans leur fonctionnement. 

Puis ce fût à la Commission européenne de se positionner sur le sujet par la présentation, le 12 décembre 2023, de mesures en faveur de la « défense de la démocratie » en vue des élections européennes de 2024.

Au centre de ce train de réformes, une proposition législative renforcerait la transparence et la responsabilité démocratique des activités de représentations d’intérêts pour le compte de pays tiers. 

Si le récent scandale du Qatargate a justifié une réforme du règlement intérieur du Parlement quant à l’intégrité du travail parlementaire, trop peu d’avancées législatives ont pu être relevées sur la désinformation et les autres formes d’ingérence étrangère dans notre vie démocratique. Laxisme, naïveté ou connivence, les justifications avancées pour expliquer cette prise de conscience trop tardive peuvent varier, mais la constatation de sa réalité reste indéniable. 

La remise en cause de l’intégrité de certains représentants européens, par les récents scandales de corruption, fournit les arguments nécessaires aux partis populistes et eurosceptiques, dont l’influence et le soutien populaire ne cessent de s’étendre dans un grand nombre d’Etats membres de l’Union. En cela, beaucoup d’observateurs partagent la crainte d’élections européennes qui verraient s’accentuer la méfiance envers le projet européen au sein du Parlement. 

Les discours eurosceptiques voir antieuropéens trouvent appui au sein de nos médias, partis politiques et, de manière plus contemporaine, sur les réseaux sociaux. Ils jouent de nos différends internes pour accentuer les divisions qui nous séparent. La menace est désormais polymorphe et l’approche, parfois trop verticale de l’UE et de certains de ses Etats membres, semble impropre à y répondre efficacement.

Le jeu d’influence des puissances étrangères, souvent relais de discours critiques sur le modèle européen, apparait dès lors comme une menace réelle et directe au développement de l’action de l’Union pour la prochaine mandature. Il nous alors faut saisir l’ampleur de la problématique et développer stratégies et réformes afin de protéger le cœur battant de nos systèmes démocratiques.

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