Le référendum britannique et les questions qu’il soulève

Marcel GRIGNARD

Président de Confrontations Europe

Le résultat des élections au Royaume-Uni et le discours de la Reine ont fait du futur referendum sur l’appartenance du pays à l’Union européenne une certitude. Ce que seront alors le contexte, la nature du débat et le positionnement des acteurs au Royaume-Uni, au moment où celui-ci se tiendra, restent inconnus.
Une certitude : ce que décidera le Royaume-Uni aura des conséquences lourdes pour l’Union européenne… mais ce qui se passera dans l’UE d’ici là ne sera pas sans incidence sur ce referendum. Et le cas grec ne sera pas sans conséquence sur le débat.
Soulignons tout d’abord la nécessité de replacer les résultats des élections au Royaume-Uni dans le sillage de celles qui se déroulent ailleurs en Europe. La Grèce et l’arrivée au pouvoir de Syriza, l’Espagne et la poussée de Podemos, l’Italie avec le score de La Ligue du Nord, la Pologne qui élit un président eurosceptique….
Chaque pays a ses spécificités sociales, culturelles, politiques. Chaque résultat électoral nécessite un travail d’analyse d’orfèvre pour ne pas être caricaturé. Les « vrais » Finlandais, le Front national, le Mouvement 5 étoiles, sont des structures politiques aux doctrines politiques, aux objectifs et fonctionnement très différents et agissant dans des contextes économiques et sociaux spécifiques.
Ce refus de l’amalgame affirmé, il semble qu’il y a malgré tout quelques caractéristiques communes à beaucoup d’élections. Très souvent les partis qui progressent expriment une forme de repli soit vis-à-vis de l’UE (Ukip) soit du pouvoir central (en Ecosse mais aussi en Espagne). Les partis « classiques », historiquement porteurs de l’idée européenne, sont en recul parfois important quand ils ne sont pas dans des crises graves ou totalement marginalisés.
Ces partis qui globalement tiennent les rênes du pouvoir dans leur pays et au sein du Conseil européen sont sous la pression de l’évolution des rapports de force nationaux, pression qui n’est pas vraiment en faveur d’une plus grande intégration européenne. On peut aussi s’interroger sur la capacité de gouvernements nationaux et de partis régionaux pro-européens à trouver le compromis conciliant autonomie régionale et approfondissement européen.
Le vote des citoyens est l’exercice indispensable de la démocratie représentative et il faut prendre les résultats des élections comme un fait qui s’impose à tout responsable politique. Ceci dit, peu de résultats électoraux rendent optimistes les défenseurs de la construction européenne.
Les débats à venir au Royaume-Uni vont être à la conjonction des préférences des citoyens britanniques sur ce que devrait être l’Union européenne et du compromis que les dirigeants européens auront su trouver pour répondre à la même question. Mais évidemment, ce referendum n’échappera pas aux enjeux politiciens où la question de leadership surplombe les questions de fond.
Nous ne savons pas très clairement ce que seront au final les souhaits du gouvernement britannique. Une renégociation des Traités est hors de portée, une interprétation de ceux-ci pour faire mieux ensemble, mieux articuler décisions à Bruxelles et pouvoir national serait utile pour tous. La libre-circulation des travailleurs est un principe auquel les Etats membres tiennent. Que recouvre vraiment la revendication britannique concernant les prestations sociales aux migrants ? Qui seront les alliés de M. Cameron au moment du referendum ? Ou sera la frontière dans son parti entre ceux qui le suivront et ceux qui affirmeront leur opposition à l’Europe ? Que feront les Ecossais pro-européens ?
Tous les Européens ont le devoir de se mettre au travail sur les questions posées en amont du referendum de nos voisins au Royaume-Uni avec deux questions qui n’en font qu’une.
Dans la grave crise des institutions qui frappe nos sociétés développées, quels objectifs assignons-nous à la construction européenne, et avec quelle gouvernance pour réarticuler construction et ambition démocratique ? Pourquoi, au regard des réponses à ces questions, la Grande-Bretagne a toute sa place dans l’UE et combien il serait dommageable de couper les ponts avec le continent ?

Grèce : votez oui à l’Europe

Après de multiples épisodes plus pathétiques les uns que les autres, les négociations entre l’Europe et la Grèce sont suspendues au fil du résultat de dimanche.
Pourquoi des mois de discussion ont abouti à cette dramatisation ? Les torts sont partagés. La politique de la Troïka a provoqué une récession et a échoué ; Les Européens et le FMI se sont raidis dans une posture pointilliste – mais in fine, comment reprocher à des pays comme la Slovaquie ou l’Espagne de se montrer si intransigeants alors qu’ils ont consentis tant d’efforts ? Le gouvernement grec prend en otage tous les Européens et son propre peuple dans le cadre d’un référendum-chantage dont la légitimité démocratique fait question. Une chose est sûre : personne ne sortira grandi de cette histoire.
Il est temps de mettre un terme au jeu de roulettes russes. La Grèce ne remboursera pas sa dette, tout le monde le sait, il faut la réaménager une quatrième fois et l’Europe doit le faire sans le FMI. Mais la contrepartie est tout aussi catégorique : pour sauver la Grèce, il faut recréer de la croissance, lever les rigidités, supprimer les rentes qui entravent l’économie et cela impose de réformer un Etat gangréné par le clientélisme et l’inefficacité.

Ne nous y trompons pas, peu importe la formulation officielle, la véritable question de dimanche sera : voulez-vous rester au sein de la zone euro ? Encore faut-il en informer le peuple grec qui est la victime de toutes les propagandes. Tant et si bien qu’on risque de ne pas trop savoir ce que le peuple a vraiment voulu dire… Espérons que la sagesse grecque triomphera.

Carole ULMER, Directrice des études à Confrontations Europe

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