Européens : nos responsabilités

Marcel GRIGNARD

Président, Confrontations Europe

Les prémices de la campagne pour les élections européennes de mai prochain font craindre qu’elle ne nous épargnera pas des discours clivants et simplificateurs. Faire gagner son camp risque de l’emporter sur l’opportunité d’un débat ouvert et constructif et de ne pas mobiliser des électeurs pour qui le Parlement européen est déjà bien lointain.

Ne renonçons pas à en faire un moment utile pour dessiner une feuille de route pour l’Europe dont nous avons tant besoin. Nous avons chacun à notre niveau une part à prendre dans cet exercice : nous sommes comptables d’une histoire et d’un patrimoine et responsable de son devenir qui est aussi notre avenir. La revue de Confrontations que vous avez en main s’inscrit dans cette exigence. C’est un outil pour donner de la voix. Quel que soit le sujet abordé, les auteurs partent d’un diagnostic, mettent en évidence les pistes de progrès : beaucoup est possible, rien ne sera facile.

Oui, il faut travailler à une refondation de l’Union européenne qui n’a pas été pensée ni bâtie pour affronter les défis de la société et du monde d’aujourd’hui. Non, nous ne réussirons pas sans faire l’effort de connaître et comprendre notre histoire, sans connaître, comprendre et reconnaître qui sont les autres. Ce sont les conditions pour mieux faire ensemble.

Oui, la montée en puissance de la Chine, sa capacité à développer une stratégie de long terme à quoi s’ajoute le dynamitage du multilatéralisme par l’administration Trump font peser des menaces sur l’Europe. Non, nous ne sommes pas démunis si nous sommes capables de proposer des pistes solides refondant le commerce mondial au service des enjeux d’un nouveau mode de développement, si nous en tirons les conséquences en matière d’évolution du marché intérieur, de financement des entreprises, de stratégie industrielle, d’une prise en compte des enjeux sociaux et sociétaux.

Non, nous ne freinerons pas la montée des populismes si nous ne parvenons pas à répondre aux peurs et aux inquiétudes. Non, nous ne redonnerons pas vigueur à la démocratie et au projet européen si institutions et responsables politiques ne donnent pas aux territoires, aux entreprises (entendues ici avec leurs parties constituantes et prenantes) et plus largement à la société civile les moyens de construire et porter des projets dans un fonctionnement conjuguant processus montants et descendants.

Il y a matière à alimenter le débat et interpeller les responsables politiques. En ligne de mire : parvenir à un projet politique partagé par les Européens. C’est un objectif ambitieux et si les débats de la campagne électorale permettaient sérieusement d’en poser le principe et interroger le « comment faire » un pas serait franchi. Avec Philippe Herzog nous appelons à ouvrir ce débat.

Trop souvent, nous avons le sentiment d’être dépassés par les événements, de ne pas pouvoir maîtriser notre destin. C’est oublier que l’avenir n’est jamais écrit d’avance. Nous avons une part plus ou moins grande dans ce que l’Europe aurait dû faire et n’a pas fait. Nous avons une part plus grande à prendre dans ce que doit devenir l’Europe ; c’est notre avenir, notre responsabilité vis-à-vis des générations futures. Notre destin d’Européens.