Travailler ensemble pour innover

Aymeril HOANG

Directeur de l’Innovation, Société Générale

La Silicon Valley semble incarner le progrès technologique, et pour les acteurs européens la tentation est grande de vouloir reproduire les réalisations américaines. Pourtant, l’Europe possède ses propres atouts en matière d’innovation, comme des pôles et des écosystèmes diversifiés. Nous devrions chercher à développer davantage ces ressources et structures existantes. Nous devons essayer de comprendre quel avenir nous avons devant nous. Cette tâche ne s’annonce pas aisée, mais elle est essentielle. Les puces FNC, qu’il est possible d’implanter sous la peau, sont un bon exemple des incertitudes que le futur nous réserve. Ces puces pourraient remplacer nos badges pour la cantine, nos cartes de transport, nos cartes de crédit, nos passeports, nos clés de maison, etc. Ce type d’innovation suscite des préoccupations importantes. Il est difficile de déterminer si les problèmes éthiques et juridiques associés à certaines nouvelles technologies nous amèneront à rejeter des inventions telles que les puces FNC. Sommes-nous en mesure de prendre une décision collective pour déterminer si ce type d’avancée est réellement souhaitable, et serons-nous capables de résoudre les problèmes qui l’accompagnent ? Nombreuses sont les inventions qui pourraient illustrer le fait que la transition du monde aujourd’hui à celui de demain ne se caractérise pas uniquement par des progrès technologiques rapides, mais aussi par une grande part d’incertitude. Les formes d’intelligence artificielle plus avancées et étendues qui sont en cours de développement nous forceront bientôt à relever de nouveaux défis de diverses natures.

Nous avons besoin de friction cognitive

Comment affronter l’incertitude pour tirer le meilleur parti des opportunités ? Ce qu’on appelle l’économie numérique se caractérise par des applications transversales qui nécessitent la participation et la contribution simultanées de nombreuses parties prenantes. Il n’est plus envisageable de travailler en silos, notamment parce que la révolution des données qui suit son cours implique que tous les secteurs seront affectés par l’accès croissant aux données personnelles. La meilleure approche pour obtenir une vue d’ensemble de ce qui se passe est de viser le travail collaboratif entre parties prenantes. Les start-up et les grands groupes ne peuvent rester isolés : ils doivent échanger leurs connaissances afin de mieux appréhender l’environnement et de pouvoir aller de l’avant.  Le gouvernement français a adopté une approche coopérative dans ses récents travaux avec la French Tech. Il a incité des grands groupes, des start-up et des acteurs locaux à se rencontrer et à travailler ensemble. Ce projet représente un formidable pas en avant. Pour le concrétiser, il a fallu que ces différents acteurs se manifestent, apprennent à se connaître, puis se rassemblent en un même lieu. Des espaces de rencontre sont créés un peu partout : des centres de coopération ont vu le jour dans plusieurs grandes villes. Il est important de souligner que toutes ces initiatives ne sont pas publiques : il existe également des centres privés, comme La Paillasse à Paris. Ces exemples montrent que la friction cognitive génère de nouvelles connaissances, idées et compétences, atouts que nous devons pouvoir exploiter pour affronter l’avenir. Les autorités publiques devraient aider les divers acteurs à se trouver et à se rencontrer.

Que peuvent faire les grands groupes ?

Premièrement, les groupes doivent commencer à travailler avec une approche plus transversale. La structure hiérarchique propre aux grandes organisations est souvent un obstacle à la collaboration transversale. Deuxièmement, les grands groupes ne devraient pas se concentrer uniquement sur leurs activités principales, mais tenir également compte de ce qui se passe dans les divers écosystèmes économiques existants. À cet égard, la Société Générale a conclu plusieurs partenariats avec des centres d’innovation, propices à la friction cognitive.  Une approche « innovation ouverte » est bénéfique pour la société dans son ensemble. Certaines start-up, comme celles de La Paillasse, poursuivent effectivement l’objectif d’un impact social positif. L’année dernière, La Paillasse a lancé un concours dans le but de créer un pool de données sur la santé qui permettra de chercher des solutions contre le cancer. La Société Générale soutient ce genre d’initiatives qui contribuent à l’amélioration à long terme de la société, tout en lui permettant d’acquérir de nouvelles connaissances.  (Juillet 2016)