LA MOBILITÉ : SOLUTION AU CHÔMAGE DES JEUNES ?

Tom VRIJENS

Président du Comité jeunes, Confédération européenne des syndicats

Le chômage des jeunes grimpe toujours en flèche, et dans certains pays européens, on parle même de « génération perdue ». Début 2016, le taux de chômage des jeunes était de 20 %, mais ce pourcentage moyen dissimule des chiffres inquiétants pour plusieurs États membres. Le Comité jeunes de la CES, les Fédérations syndicales européennes de la jeunesse et tous les syndicats nationaux pour la jeunesse en Europe n’ont de cesse de demander la mise en œuvre urgente de plans de relance et d’embauche axés sur des emplois de qualité pour les jeunes.

De toute évidence, de nombreux autres facteurs ont une influence sur le développement économique et l’emploi, mais on s’accorde généralement à reconnaître que la mobilité peut avoir un rôle à jouer. Les jeunes devraient avoir l’occasion d’étudier et de travailler à l’étranger dans le cadre de programmes de formation ou de bourses d’études afin d’acquérir au plus tôt l’expérience de la mobilité. Cette dernière est perçue comme un moyen d’améliorer l’employabilité des jeunes en leur permettant d’acquérir des compétences et aptitudes clés : communication dans une langue étrangère, compréhension interculturelle, participation sociale et civique, capacité à résoudre des problèmes et créativité, par exemple. Pour atteindre cet objectif, la Commission européenne a mis en place divers instruments tels que l’Alliance européenne pour l’apprentissage, le programme Erasmus+ et le programme « Ton premier emploi EURES », mais les chiffres montrent qu’il reste encore beaucoup à faire.

En améliorant l’employabilité des jeunes en Europe, la mobilité favorise et simplifie le passage des jeunes de l’école au monde du travail. Encore faudrait-il que les qualifications soient reconnues dans toute l’Europe. La question des qualifications universitaires a été traitée par le processus de Bologne, mais il n’existe aucun équivalent pour les qualifications de l’enseignement professionnel. Cela signifie que les jeunes ne peuvent démarrer un cursus dans un pays et le terminer dans un autre. Par conséquent, ils ne peuvent acquérir les expériences interculturelles précieuses que de nombreux étudiants découvrent à l’université. L’harmonisation des qualifications de l’enseignement professionnel en Europe pourrait favoriser la mobilité et élargir substantiellement l’accès à l’emploi des jeunes en formation professionnelle. Il est nécessaire de revoir la démocratisation de la mobilité pour les étudiants à l’université comme pour les jeunes suivant un enseignement professionnel.

Tous les groupes sociaux devraient être inclus dans cette initiative, et pas seulement les jeunes des milieux aisés et universitaires.

Les contrats d’apprentissage et les stages ont fait leurs preuves en matière d’insertion des jeunes dans le monde du travail. Les syndicats, tout comme les organisations d’employeurs, doivent jouer un rôle actif, à différents niveaux, dans la gouvernance des systèmes d’enseignement/de formation professionnels et d’apprentissage. Cette implication des syndicats englobe diverses activités. Afin de garantir la qualité des programmes d’apprentissage, la CES a formulé 21 recommandations vers un cadre de qualité européen pour les apprentissages et la formation par le travail, reprenant les meilleures pratiques recommandées par les syndicats.1

Toutefois, dans le contexte de la crise, il apparaît que la mobilité est bien trop souvent forcée. Cette « fuite des cerveaux » associée à l’émigration économique n’est pas un choix positif et a des conséquences négatives pour les pays dans lesquels le taux de chômage des jeunes est très élevé. C’est pourquoi il est essentiel que la mobilité soit volontaire et n’intervienne pas par nécessité dans des pays aux prises avec des difficultés économiques. Les politiques d’austérité actuelles obligent les jeunes à quitter leur pays et à travailler à l’étranger, souvent dans des conditions précaires. Quoi qu’il en soit, les décideurs politiques ont la responsabilité de mettre en œuvre le libre choix de la mobilité. Pour y parvenir, il faut améliorer le marché de l’emploi via des décisions judicieuses sur le plan macro-économique. Le problème du chômage réside principalement dans le manque crucial d’emplois de qualité pour les jeunes en Europe.

1.https://www.etuc.org/sites/www.etuc.org/files/publication/files/ces-brochure_unionlearn-fr-rouge.pdf