Consultation citoyenne | Que voulons-nous partager en Europe ?

Chargement de la carte…

Date / Heure
jeudi 05 juillet
17 h 30 - 20 h 00

Emplacement
Siège de la FNTP
3 rue de Berri
Paris


Intervenants :

Nathalie LOISEAU, Ministre chargée des affaires européennes
Thomas HANKE, journaliste du Handelsblatt
Jacques MAIRE, député
Philippe POIRIER, professeur de l’Université du Luxembourg

Synthèse :

  • Anne Macey, déléguée générale de Confrontations Europe

Nous entendons engager le débat sur l’état des lieux en Europe. Les consultations citoyennes sont un processus d’écoute active qui vise à laisser une place importante à la participation des citoyens les plus diversifiés possibles. C’est aussi un processus d’échanges permettant de formuler des propositions qui pourront inspirer la réflexion dans le cadre de la campagne des élections européennes. Pas besoin d’être expert, tout le monde est concerné. Elles feront l’objet de restitutions par consultation, et permettront d’alimenter une synthèse nationale puis européenne qui sera discutée par les chefs d’Etat et de gouvernement lors du Conseil européen de décembre 2018.

  • Nathalie Loiseau, Ministre des affaires européennes

Dès le départ, nous avons pensé ensemble les consultations citoyennes avec Confrontations Europe et cela s’est poursuit avec l’arrivée de Carole Ulmer au Ministère des affaires européennes.

Une consultation citoyenne sur l’Europe est une discussion commencée en mars et qui prendra fin en octobre avec 450 millions de citoyens européens. C’était une idée française mais c’est devenu un projet à 27. Quelques pays ont dit « banco » tout de suite : la Croatie, l’Irlande, le Portugal. Il existe aussi une consultation citoyenne en ligne avec des questions définies par des citoyens tirés au sort des différents pays à laquelle vous pouvez répondre sur www.quelleestvotreeurope.fr. Elle permet de regrouper les réponses de tous les citoyens.

Cette conversation est nécessaire car l’Europe est en danger. Ce danger vient de l’indifférence d’abord :

  • Indifférence des citoyens, comme en témoigne l’abstention aux élections européennes
  • Indifférence des médias : l’Europe est peu et mal traitée, l’Europe est instrumentalisée (double jeu de la part des dirigeants), l’Europe est en décalage par rapport au sensationnalisme des médias. Je suis la ministre la plus déprogrammée de France dès lors qu’un fait divers doit être traité.
  • Indifférence du Nord pour le Sud
  • Indifférence de l’Est vis-à-vis des migrants et des réfugiés

Ce danger vient aussi des populismes. Au niveau de l’Union européenne, ceux-ci viennent pour envenimer les problèmes mais pas pour trouver les solutions. Le populisme est présent maintenant au sein d‘un des pays fondateurs de l’Europe. Les partis populistes entendent montrer qu’il n’y a pas de solution européenne.  Ils viennent pour montrer que l’Europe ne marche pas. On s’attaque aujourd’hui à la construction européenne comme on s’attaquait en 1930 à la République. Je suis frappée d’entendre les mêmes discours que ceux qui étaient prononcés dans les années 30.

S’attaquer à la République, c’est compliqué. Alors on s’attaque à l’Europe. L’Europe est en danger et pourtant nous n’avons jamais eu autant besoin d’Europe. Nous sommes réellement menacés : Trump, la Russie, notre voisinage à l’Est, la Chine, … Nous avons besoin d’une stratégie européenne face aux défis migratoires ou du numérique, face au réchauffement climatique, et nous avons besoin d’une défense commune. Autrement dit, si aujourd’hui il n’y a pas de réponse européenne, il n’y a pas de réponse du tout.

L’Europe est plus unie qu’on ne le dit. Sur l’affaire Salisbury ou encore sur les mesures commerciales, il y a eu un sentiment de solidarité européenne. Il en va de même sur le nucléaire iranien. Cela vaut aussi pour la lutte contre le terrorisme alors que l’Europe s’est faite sur la paix.

S’agissant de la zone euro, on a marqué des points, notamment en avançant dans l’axe franco-allemand. On a trouvé une réponse unie face au défi migratoire. Le compte n’y est pas pour réformer Dublin. L’urgence à taxer les GAFA est là mais des pays bloquent encore… Mais il reste quelques pays qui estiment nécessaire de continuer à réduire les risques dans un premier temps et qui repoussent à plus tard les décisions essentielles. Or, plus tard ce sera trop tard. C’est pour cela que nous sommes en faveur de la possibilité d’avancer à un nombre restreint, de manière toujours incitative et inclusive. Et c’est aussi par le dialogue que nous arriverons à trouver des solutions communes, en prenant tout le monde à bord.

Emmanuel Macron est pour une Europe différenciée.

  • Philippe Poirier, Professeur Université du Luxembourg

Chaque Etat membre de l’UE est traversé par différents clivages contemporains selon sa propre approche :

  • 28 conceptions de la démocratie différentes
  • Des valeurs politiques positives et négatives différentes
  • Des tensions sur le rôle de l’Etat et sur son dépassement
  • Des clivages sur le rapport des transformations technologiques à l’humain
  • Des clivages sur le rôle de la puissance publique dans l’économie
  • 9 formes de démocratie concurrentes, complétées par différentes pratiques de démocratie

L’ensemble de ces tensions sont à l’origine de la crise de l’UE.

  • La démocratie représentative est remise en cause
  • La démocratie participative est absente

Dès lors, si nous n’arrivons pas à réconcilier l’ensemble de ces formes de démocratie nous ne résoudrons pas la crise.

Il s’agit également d’une crise systémique. Par exemple, les Européens ont encore moins confiance dans leurs institutions nationales que dans les institutions européennes. Ils souhaitent s’impliquer davantage dans les débats politiques et sont en demande d’une plus grande concrétisation de la devise de l’UE « Unis dans la diversité » (i.e. reconnaissance de l’identité constitutionnelle des Etats membres).

Il y aussi une déparlementarisation de l’UE. Or, si le rôle du Parlement européen est important, il ne suffit pas que cela soit écrit dans les traités pour que ce soit reconnu. Il est nécessaire que des citoyens soutiennent ce Parlement.

Un volet manque : nous n’avons pas non plus de démocratie sociale en UE. C’est un sentier qui reste en jachère.

Nous remettons aussi en cause certaines valeurs de l’UE, ce qui se concrétise par l’autoritarisme. 25% des Européens âgés de 18 à 25 ans sont convaincus qu’un pouvoir autoritaire est nécessaire pour trouver une solution aux difficultés actuelles. Cela doit nous interroger sur nos systèmes de formation et sur nos façons de présenter les enjeux de société.

La première valeur partagée en Europe est celle du travail.

Plusieurs pistes de solution sont envisageables :

  • Gouvernement représentatif
  • Europe puissance
  • Développement économique des territoires
  • Européanisation des politiques sociales
  • Thomas Hanke, journaliste, correspondant à Paris du quotidien économique  Handelsblatt

Nous pensons toujours en termes d’économie nationale alors que nous vivons dans un marché de services dans un espace de communication, de migrations…

Dans le débat, nous oublions ce que nous avons achevé :

  • Un espace économique avec le marché intérieur, la monnaie unique, …
  • Un espace de communication
  • Un espace de migration

S’agissant de la construction d’un espace politique, le problème est qu’une grande majorité est encore très méfiante vis-à-vis de l’Europe qui existe.

Cela vient du fait que les gens ont toujours l’impression que les bienfaits du marché intérieur ne leur sont toujours pas parvenus. Cela vient aussi du fait que celui-ci ne connaît pas encore son plein effet (persistance de différences de prix, de salaires, …).

Si l’on n’arrive pas à achever rapidement nos politiques de façon à ce qu’elles produisent pleinement leurs effets favorables aux citoyens, on va perdre la confiance et l’envie des citoyens. Si l’Europe ne se concrétise pas directement de manière très basique alors elle ne sera pas capable de relever les défis qui l’attendent.

 

  • Jacques Maire, député LaRem des Hauts-de-Seine

Dans la crise des valeurs que nous traversons nous devons identifier nos responsabilités. Par exemple, même les médias qui se considèrent pro-européens parlent d’Europe de manière dévalorisante.

Dans les pays de l’Est, la situation est pire dans la mesure où il y a à la fois une volonté d’obtenir les bénéfices de l’Europe sans en respecter les engagements ni les valeurs.

Cela est encore plus marqué au niveau des pays du Conseil de l’Europe : doit-on rejeter la Russie du fait de son irrespect des valeurs du Conseil de l’Europe ou doit-on considérer que le maintien de la Russie est nécessaire pour préserver l’accès des Russes à la voie de droit devant la CEDH ?

  • Interventions des participants de la consultation

De manière générale, nos victoires sont nationales et nos échecs sont européens. On commence seulement à reconnaître que chaque Etat membre participe à la prise de décision européenne, que chaque Etat en est un actionnaire. Mais on continue à ne jamais parler de l’investissement concret, financier de l’UE dans les Etats membres.

L’identité européenne n’existe pas encore mais se construit au travers des nouvelles générations, par exemple les jeunes qui ont deux nationalités européennes ou qui ont plusieurs opportunités de se sentir européen. Cela construit l’Europe des citoyens. Une sécurité sociale européenne consisterait ainsi en un moyen très pragmatique de concrétiser la citoyenneté et l’identité européenne mais pour l’instant les Etats bloquent le transfert de ces compétences vers l’UE.

 

Présentation de M. Philippe POIRIER :

Photos de la consultation citoyenne :